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 1000 tirages photographiés en 9 jours
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1171 photos, 350 m de photos d'une longueur de 18,5 km, voilà le résultat du travail des photographes Philipp J. Bösel et Burkhard Maus réalisé le long du Mur berlinois en juin 1984, soit cinq ans avant sa chute. Pendant 15 ans ces photos ont reposé au fond d'une caisse en bois. Aujourd'hui Bösel et Maus ressortent leur œuvre. Regard sur un Mur (dé )mesuré.

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 « démesuré par son arrogance et démesuré du fait des ses dimensions »
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Un mur, deux photographes passionnés
Retrouver son œuvre en parfait état 15 ans après sa création, c’est « très émouvant», dit Philipp J. Bösel. Avec son ami Burkhard Maus il tient en main 1 000 tirages photographiés en neuf jours sur le côté Ouest du Mur de Berlin.
En juin 1984 personne ne pouvait encore s’imaginer qu’un jour le mur n’existerait plus. Il était dans la vie des gens. C’est alors que les deux photographes se rejoignent sur un projet lancé par Philipp Bösel. Né à Cologne en 1961 trois mois après la construction d’un Mur qui conditionne sa vie. Avec un père venant de l’Est et une mère de l’Ouest, la famille est déchirée entre la RFA et la RDA et Bösel voyagera régulièrement entre les deux « Allemagnes ». Après des études de photo à Londres il expose régulièrement ses œuvres, à Hambourg, Londres ou Istanbul avant d’être Webdesigner et Photoreporter pour la chaîne WDR.
En 1984, il développe alors le concept d’un projet ambitieux auquel il ne manque plus qu’un partenaire aussi passionné et motivé que lui.
Il le trouvera en la personne de Burkhard Maus, son voisin de l’époque et qui est plus dans une démarche de photo-journalisme classique. Maus, né en 1948, n’a jamais eu de réel lien avec l’Allemagne de l’Est. Mais en tant que Linker, gauchiste et sympathisant trotskiste, c’est surtout la dimension politique du « mur de protection antifasciste » qui l’a convaincu de participer au projet. Alors qu’aujourd’hui Maus travaille presque uniquement sur des projets d’art ou d’architecture, c’est la dimension politique de l’idée de Philipp Bösel qui l’a alors persuadé.

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 « les graffitis reflètent plus que tout l’époque »
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un projet à l’image du Mur : démesuré
Pendant toute la durée du projet les deux photographes se sont rendus sur leur lieu de travail de neuf heure du matin jusqu’au soir. L’outil de travail pendant ce temps était un appareil photo de moyen format. L’astuce du projet était cependant que la caméra était tout le temps placée face au mur et toujours à la même distance de celui-ci. Ainsi, la bordure du mur et l’horizon forme une ligne qui se déroule comme un fil reliant toutes les photos. Philipp Bösel explique cette démarche par « le concept graphique qui permettait une vue panoramique de continuité. » Et Burkhard Maus va même plus loin en disant que le projet n’aurait eu « aucun sens » sans cette continuité. Il s’agit d’un travail minutieux, qui exige une grande patience et une précision infaillible. Comme s’il s’agissait d’un mesurage du mur. Le titre le dit bien, le mur a bien été mesuré, dans la mesure de son accessibilité, mais le projet va au-delà de l’aspect métrique.
Pour trouver le titre les deux artistes se sont mis d’accord sur leur rapport artistique à l’objet, en mettant entre parenthèses leurs opinions politiques parfois divergentes. Il n’était pas question de réaliser un travail politique. Le mur est démesuré de deux façons, explique Burkhard Maus, « démesuré par son arrogance et démesuré du fait des ses dimensions ». L’arrogance viendrait du fait que le mur berlinois devait bloquer la communication entre l’Est et l’Ouest, mais les habitants de l’Ouest se sont appropriés le mur en écrivant dessus. « Au moins du côté Ouest cette arrogance ne fonctionnait pas », dit Maus.
La trace et l’effet documentaire
« Le mur (dé) mesuré » est de la pure photographie documentaire, un témoignage du temps et une trace temporaire qui est rendue intemporaire par ces photos. Tout ce que voulaient faire les deux photographes était suivre ce mur, de la « Bernauer Straße » jusqu’au « Treptower Damm ». Après, c’était en quelque sorte le mur qui décidait, comme l’explique Burkhard Maus. « Notre trace était le chemin que le mur nous donnait. Il s’agissait tout simplement de le suivre. »
Ce simple instantané crée une nouvelle visibilité et une nouvelle trace des empreintes déjà présentes sur le mur. Les photos montrent la vue des Berlinois et Allemands du côté Ouest, ce qu’ils pensaient et ressentaient au moment du marquage spontané. Pour Bösel, « les graffitis reflètent plus que tout l’époque. » Ces réactions, Bösel et Maus les voyaient aussi chez ceux qu’ils croisaient le long du mur, les promeneurs, les gens allant au travail ou en revenant. Mais par moment les traces sur le Mur pouvaient aussi ne pas avoir de liens directs avec le Mur ou l’Est. Le Mur était parfois simple médium, un transmetteur de messages qui pouvait, sans que l’auteur en ait peut-être eu l’intention, montrer l’absurdité du mur.

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 « Le mur (dé) mesuré » est de la pure photographie documentaire
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Une œuvre difficile à exposer…et donc encore dans les cartons
Que l’on ait plus entendu parler d’une œuvre si singulière et immense interroge.
La première exposition juste après la réalisation au lieu au musée de l’art de Aarhus au Danemark. De 1985 à 1986, la totalité des 1 000 photos y a été exposée. Auparavant, mais sans exposition, la Bibliothèque Nationale de France a joint les photos à ses archives. Les tirages vintages par contre sont toujours disponibles sur le marché libre.
Puis, en 2005, c’est la Chine qui a exposé les photos lors de la Biennale de la photo « Pingyao International Photography Festival » (PIP).
Et l’Allemagne? Rien, ou presque, car en juin 2009 les photos ont enfin été ajoutées aux Archives fédérales allemandes. Pour Philipp Bösel le manque de propositions allemandes est incompréhensible. A-t-on peur de montrer le mur ? ne sait-on pas comment le représenter?
Le réseau professionnel de la photographie a pourtant réagit très positivement et les deux photographes ont pris contact avec les musées internationaux : Une offre d’Australie n’a pas abouti, probablement à cause du coût ainsi qu’une exposition prévue au « 104 » à Paris en 2009, malgré l’intérêt français après la diffusion d’un documentaire dans Métropolis sur Arte.
Est-ce que le mur est trop lourd à porter? Pourtant les photographes savent ce qu’ils veulent. Ils ne cherchent pas à exposer à tout prix et ne veulent pas se laisser instrumentaliser politiquement. Leurs souhait ? une exposition sérieuse, les photos en taille réelle 1x1, c’est-à-dire en 3m x 4m. Burkhard Maus, très francophile, s’imagine bien exposer les photos au Palais de Tokyo, au Jeu de Paume ou au Jardin de Luxembourg.
En cette année 2009, des 20 ans de la Chute, il y a eu bien sûr des demandes d’expositions, mais Philipp Bösel et Burkahrd Maus n’ont pas encore trouvé leur bonheur. « Nous n’acceptons pas que nos photos soient utilisées pour un marché d’objets de piété, en mémoire de la guerre froide et que finalement nos photos ne soient que décoration », explique Burkhard Maus.
Il reste à espérer qu’un jour on saura mesurer l’importance et la qualité de cette œuvre et que les photos sortent pour toujours de leur caisse en bois, non seulement en tant que témoin historique, mais en tant qu’œuvre d’art en soi.

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 J’ai trouvé la phrase « Bonjour, je t’aime », touchante et absurde
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Entretien
La Gazette : Comment êtes-vous venu à la photographie?
Bösel: L’Intérêt pour le regard, l’arrangement, la photographie et le développement de photos. L’aspect graphique est toujours au centre de mes expositions.
Maus: Je faisais parti d’une organisation politique qui à cette époque publiait un journal nommé « Que faire ». Pour celui-ci, comme pour d’autres (comme « Rouge », « Der Spiegel », « Stern », Die Zeit », « art » et « Kunstzeitung ») je commençais à photographier les manifestations, actions et reportages. Pour moi le journalisme photo critique offre la chance et le devoir d’évoquer des sujets ardus. Il s’agit d’informer sur les problèmes de la société et d’agir contre toutes formes d’opportunisme. Mes intentions correspondent à une position qui est d’informer, influencer et changer.
La Gazette : Quelle est la force artistique de la photographie?
Bösel: C’est le concept. La forme suit le contenu. Voila pourquoi dans « Le mur (dé)mesuré », les deux aspects, graphique et documentaire, se rejoignent.
Maus: En ne regardant que le photo journalisme je retrouve un propre style, le « langage photographique » pour attirer l’attention.
La Gazette : Qu’avez-vous trouvé à la fin? Quelles traces exceptionnelles du temps sur le mur vous sont restés en mémoire?
Maus: A côté de beaucoup de messages politiques et de quelques visuels et graffitis intéressants j’ai trouvé la phrase « Bonjour, je t’aime », touchante et absurde. Touchante à cause d’un sentiment personnel à l’époque et paradoxal du fait du support. Tout semblait si absurde.
Les idées autour de ce titre et autour du mur, Maus et Bösel les ont retenues dans un texte accompagnant le projet :
mur des lamentations
barrière
frontière rempart
antifasciste
panneau d'affichage
support de publicité
colonne Morris
boite aux lettres
œuvre d'art historico-politique
pierres
démesuré
démesuré,
présomptueux
mesuré
qui a été mesuré »
© philipp j. bösel & burkhard maus
Article et propos recueillis : Florence Freitag
Pour plus d’information :
www.die-vermessene-mauer.de
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