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Garagiste français à Berlin

imprimer   21.05.2013 
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L'ouvrage d'Alexandra Novosseloff et Frank Neisse

Il y a 20 ans tombait le Mur de Berlin. Alors que les festivités se succèdent, l’Institut Français fait le choix de nous rappeler que Berlin n’était pas un cas isolé et qu’il existe encore aujourd’hui, huit murs de séparation(*) dans le monde. A travers les photos d’Alexandra Novosseloff et Frank Neisse, extraites de leur ouvrage des Murs entre les hommes, nous faisons un tour du monde de ces murs qui désormais séparent les peuples.




Mur entre les Etats-Unis et le Mexique

Deux ans et huit murs :

                C’est en 2001 que débute le projet. Après avoir identifié huit murs, les deux auteurs se rendent au quatre coins du monde, de Belfast à Tijuana en passant par la Corée. Leur idée est de partir à la rencontre de ceux qui côtoient ces murs tous les jours. Comme le précise Alexandra Novosseloff « en aucun cas il ne s’agit de prendre parti pour l’un des deux camps. Nous avons toujours essayé de faire des photos des deux côtés, sauf pour ce qui est de la Corée du Nord qui nous était interdite d’accès ». Pendant deux ans, ils sont allés à la rencontre de ceux qui doivent désormais vivre avec cette idée de séparation. Comme le souligne Frank Neisse, « il était important de donner la parole aux gens qui ont parfois dû repenser tout leur mode de vie ».




Mur entre la Palestine et l'Israël

Si les photos sont poignantes,  elles ne relèvent pas d’un travail d’artistes. Alexandra Novosseloff est docteur en sciences politiques et relations internationales de l’Université de Panthéon-Assas (Paris II), chargée de mission au Ministère de la Défense et Frank Neisse est chargé de mission à la Délégation aux Affaires stratégiques du Ministère de la Défense. C’est sous un angle géopolitique qu’ils abordent cette problématique de la frontière et c’est parfois dans des conditions difficiles qu’ils cadrent et saisissent ces bouts de murs. Frank Neisse raconte : « au poste de frontière, entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, j’ai dû parler aux soldats et opérer une diversion, pendant qu’Alexandra, cachée derrière moi prenait la photo ».  




Frontière entre la Corée du Sud et la Corée du Nord

Entre objectivité et subjectivité :

                Pourquoi construire un mur ? Alexandra Novosseloff identifie deux raisons essentielles. Pour les autorités qui prennent la décision d’ériger cette barrière, il s’agit « de protéger les populations déjà traumatisées en donnant de nouvelles limites face à des peurs telles que la pauvreté, le terrorisme ou l’immigration. Le second objectif est la séparation de ceux que l’on considère comme dangereux ». Quelque soit le terme que l’on emploi pour désigner le mur « ligne de la paix » comme à Belfast, « ligne verte » comme entre la Palestine et l’Israël ou encore « mur électrifié » au Cachemire, la réalité désignée est toujours la même. Pourtant, celle-ci n’est pas vécue de la même manière que l’on soit d’un côté ou de l’autre du mur. Selon la personne qui nous fait partager sa vision du mur, elle nous parlera du bon ou du mauvais côté du mur. Alexandra Novosseloff prend l’exemple du mur en Cisjordanie.  « Le gouvernement israélien a pris la décision de construire ce mur et depuis la population se sent en sécurité. A l’inverse, les palestiniens subissent la décision de la construction du mur qui implique des check points, des déplacements sous contrôle,… ».




Pan du Mur de Berlin

L’échec des murs :

                Ce que souligne cet ouvrage est que nombre de ces murs ont été construits par des états puissants, des démocraties comme celui qui sépare les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla du reste du Maroc. Les deux auteurs invitent ainsi à réfléchir sur l’impuissance des pouvoirs publics face à certaines problématiques. Ainsi, chaque jour, des milliers de personnes franchissent la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, dans un sens comme dans l’autre, pour travailler, étudier ou commercer. Les frontières fermées ne sont donc pas entièrement imperméables. Alexandra Novosseloff insiste « si un mur peut rassurer un temps, il est nécessairement contre-productif ». Il crée des rancœurs chez ceux qui le subissent et instaure une vision binaire simpliste du « eux/nous » chez ceux qui le construisent. Cependant, à l’instar du Mur de Berlin, tous les murs ne sont-ils pas voués à tomber ?


Mathilde Frézouls

12/10/09

(*) : les huit murs identifiés sont :

  • La barrière entre le Mexique et les Etats-Unis : le 26 octobre 2006, l’administration Bush promulgue la loi du « Secure Fence Act » destinée à renforcer la lutte contre l’immigration illégale du Mexique vers les Etats-Unis. Sur 1200km, soit un tiers de la frontière, s’élève désormais un mur de 4,50m de haut.
  • Mur de sable du Sahara occidental : ou « Berm » a été érigé par le Maroc à partir d’août 1980 et a été achevé en 1987. Ainsi le Sahara occidental est sous contrôle marocain avec ses phosphates et ses côtes poissonneuses.
  • Les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au Maroc : les deux villes ont aujourd’hui le statut de ville autonome. Aujourd’hui les frontières de ces deux villes sont matérialisées par des grillages ponctués de miradors, de verre et de béton. Le tout est contrôlé par la garde civile espagnole. Ces murs ont pour but de faire diminuer l’immigration clandestine vers l’Europe.
  • Le « ligne verte » entre les chypriotes turcs des grecs : la partition de l’île se fait entre 1964 et 1974. Aujourd’hui Nicosie est la dernière ville européenne divisée par un mur.
  • Le mur de Cisjordanie : construite par l’Israël sous le nom de « clôture de sécurité » dans le but officiel de lutter contre toute « intrusion de terroristes palestiniens » en Israël. La construction du mur a débuté en juin 2005 et celui-ci s’étend sur 700km. La même année, la Cour Internationale de Justice a jugé cette construction contraire au droit international.
  •  La barrière électrifiée au Cachemire : est construite entre 2002 et 2003 et s’étend sur 550km. La division du Cachemire date de l’indépendance de l’Inde et du Pakistan. Durant les années 90, les tensions augmentent en raison de l’arme nucléaire possédée par les deux pays. La mise en place de cette frontière est le résultat de la montée de ces tensions.
  • La zone démilitarisée entre la Corée du Sud et la Corée du Nord : C’est la dernière frontière héritée de la Guerre Froide. Personne n’utilise le mur en Corée et pourtant une barrière de 2 à 3 mètre parcourt la frontière sur 241km. Celle-ci est isolée par un no man’s land de 4 km de large. Son but est d’éviter la reprise des hostilités.
  • Le « mur de la paix » à Belfast : les lignes de paix délimitent les quartiers catholiques des quartiers protestants et s’étendent sur environ 15km. La plupart de ces barrières ont été construites en urgence pendant les conflits des années 70. Elles devaient être temporaires et pourtant, aucune n’a été détruites à la suite du conflit.

L’exposition a lieu à l’Institut Français de Berlin du 9 octobre au 30 novembre. Pour en savoir plus : http://www.institut-francais.fr/Des-murs-entre-les-hommes.html

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