Leipzig se retrouve classée 10e, parmi les 31 sites du monde « à visiter en 2010 », par le New York Times. C'est la seule destination allemande à avoir été sélectionnée pour faire partie du classement du quotidien américain. Entre l'Antarctique (qui fermera ses portes au tourisme l'an prochain à cause de la fonte accélérée des glaciers) et juste avant Los Angeles, Leipzig se distingue de nouveau par sa culture et sa musique. Aujourd'hui c'est le lieu d'élection de nombreux jeunes artistes et designers. Les galeries et espaces artistiques de création, dont l'ancienne filature à coton « Spinnerei », ont fait de Leipzig l'un des sites les plus en vue de « l'Allemagne créative ».
Vue sur la gare
En 2010, Leipzig fêtera le 325e anniversaire de la Naissance de Johann Sebastian Bach et le 200e anniversaire de la naissance de Robert Schumann au musée Bach, qui a récemment réouvert. Mais l'incontournable sera la rétrospective consacrée à Neo Rauch qui commencera en avril au Musée des arts visuels, une exposition dédiée au « père de la nouvelle école d'artistes de Leipzig » qui, depuis une dizaine d'années, domine le monde de l'art contemporain.
Première ville de la Saxe, par sa population (500 000 habitants en 2006), elle fait concurrence à Dresde, Halle, Chemnitz et tend à s'imposer comme capitale économique interrégionale. Son nom « Leipzig » serait issu du sorabe « Lipsk », « le lieu près des tilleuls ». Réputée aux XVIIIe et XIXe siècles pour ses foires, elle ne l'est pas moins aujourd'hui avec l'accueil du salon international de l'automobile, de la Games Convention (le plus grand salon européen de jeux vidéo ouvert au public), et de la foire du livre (au printemps).
Sceau de l'université
Grâce à son statut d'ancienne plateforme commerciale, où s'échangeaient des produits de l'Europe occidentale, centrale, et orientale, Leipzig a gardé un caractère international, qui perdure notamment par le rayonnement culturel de l’Alma Mater Lipsiensis, l'une des plus anciennes universités allemandes, fondée en 1409. Parmi ses anciens étudiants devenus célèbres, on peut relever Johann Gottlieb Fichte, Goethe, Erich Kästner, Gottfried Wilhelm von Leibniz, Karl Liebknecht, Friedrich Nietzsche, Richard Wagner, Angela Merkel, Kurt Masur. En effet, Leipzig est d'abord une ville à grande tradition culturelle avec une industrie de l'édition très développée et l'installation de la Bibliothèque allemande dès 1912.
Jean-Sébastien Bach
S'illustrant aussi dans la musique, Leipzig a vu composer Jean-Sébastien Bach (de 1723 à 1750) la majorité de ses œuvres sacrées à l'église Saint-Thomas, dans laquelle il repose aujourd'hui. L'orchestre symphonique du Gewandhaus a vu se succéder des chefs plus grandioses les uns que les autres: Félix Mendelssohn, Arthur Nikisch et Kurt Masur (depuis 2002 directeur musical de l'orchestre national de France). Ne faisant pas seulement dans la musique classique, mais aussi dans le rock, on compte parmi les célébrités musicales, Till Lindemann, le chanteur de Rammstein, et les jumeaux Bill et Tom Kaulitz, chanteur et guitariste du groupe Tokio Hotel. Enfin, les labels indies Moon Harbour Recordings et Kann Records innovent dans le domaine de la musique électro avec les DJ leipzigois Sevensol et Matthias Tanzmann, qui font revivre les friches industrielles et vibrer le public du festival de printemps Leipzig Pop Up.
En outre, de nombreux musées d'art et d'histoire viennent enrichir le prestige culturel de la ville saxonne.
maison bourgeoise de style baroque (crédit photo: M. Massuard-Willmann)
Pendant la Guerre Froide, Leipzig était considérée comme la deuxième ville de la RDA, après Berlin. Elle n'a pas moins joué un rôle décisif dans l'histoire de la république démocratique , ayant ouvert la voie vers sa chute. En effet, dès 1989, depuis l'église Saint-Nicolas, les manifestations du lundi (Montagsdemonstrationen) faisant suite à la prière pour la paix, aux cris de « Nous sommes le peuple » (« Wir sind das Volk! »), ont lancé le mouvement qui fit tomber le Mur de Berlin.
L'histoire de Leipzig se retrouve aussi dans ses greniers, sur les nombreuses brocantes dans lesquelles on peut chiner. Aussi il y en a pour tous les goûts, des bric-à-brac qui recyclent les objets démodés aux galeries marchandes de luxe, des retaurants chics aux bars alternatifs.
bric-à-brac de Plagwitz
(crédit photo: M. Massuard-Willmann)
Témoignage
La Gazette a recueilli les impressions de Mathilde Massuard-Willmann aujourd'hui étudiante en Master 2 professionnel de traduction audiovisuelle à l'IRITI de Strasbourg et qui a vécu à Leipzig entre 2007 et 2009.
La Gazette: Comment pourriez-vous définir Leipzig?
Mathilde Massuard-Willmann: « C'est un des derniers bastions "de gauche" de l'Allemagne réunifiée, avec un mode de vie et un mode de pensée alternatifs, un esprit contestataire et non-violent. C'est la « coolitude » de Berlin à petite échelle, on est à moins de 20 minutes de tout à vélo, on se crée un réseau social plus facilement. »
La Gazette: Pourquoi avoir choisi cette ville pour vos études?
M. Massuard-Willmann : « C'est une ville étudiante très importante qui propose un très large choix d'enseignements, avec un afflux estudiantin des quatre coins du globe. Je me dirige également vers les métiers de la traduction franco-allemande, je devais aussi rester un temps assez conséquent en Allemagne, pour en quelque sorte, « vivre » la langue. »
La Gazette: Qu'aimez-vous ou que n'aimez-vous pas plus particulièrement à Leipzig?
M. Massuard-Willmann: « La galerie de la Spinnerei joue un rôle sur la scène internationale de l'art contemporain. C'est aussi une ville qui a gardé in extremis son patrimoine architectural Art Nouveau donc qui a un charme très particulier. Mais à Grünau, quartier pauvre, il y a des HLM moches et des néonazis. D'ailleurs, la Saxe est le seul Land à envoyer des députés du NPD au Bundestag. »
Mathilde
La Gazette: Et du côté des loisirs?
M.Massuard-Willmann: « C'est une ville "verte" avec des parcs partout, lieux de sociabilité incontournables. L'été, c'est génial, entre les balades en canoë sur le canal Karl-Heine et les bains de soleil au Cospudener See "Cossi", pour les intimes. Les friches industrielles, qui sont les vestiges de la RDA, n'en finissent pas d'inspirer et d'étonner les gens. »
La Gazette: Vous êtes très enthousiaste à propos de cette ville, on sent qu'elle vous a plu
M.Massuard-Willmann: « C'est ça, Leipzig, c'est une ville palimpseste et inspirante, une ville qui a souffert et qui a vécu. On sent qu'il y a un passé, une identité, une âme. Et que les gens de toutes générations y sont sensibles et tiennent à garder ce truc indéfinissable qui fait la force et la singularité de Leipzig. C'est Dresde en bordel, c'est Berlin en village. Parce que Dresde, c'est aussi une ville importante de l'Est, mais elle a été reconstruite, et ce très beau patrimoine architectural, fait de Dresde une ville "vitrine" avec, d'un côté le centre ville si joli et de l'autre côté du fleuve les vrais gens et la vraie vie. A Leipzig, tout est mélangé. Tous les quartiers sont intéressants, il n'y a pas vraiment le quartier "vedette" et les autres. C 'est une ville qui se laisse découvrir, elle n'en met pas plein la vue, comme ça, au premier abord, elle est discrète. La première fois que les gens viennent, ils trouvent la ville peu séduisante. Et puis il restent un peu, et puis ils aiment Leipzig et ils ne veulent plus jamais partir. Autre argument: la vie n'est pas très chère à Leipzig . Tu sors en "boîte" pour 2 euros, et t'as même pas besoin d'être bien habillé ! »
maison style Art Nouveau de la Jahnallee (crédit photo: M. Massuard-Willmann)
En effet, à Leipzig le niveau de vie est moins cher que dans le reste de l'Allemagne à l'instar des anciens Länders de l'ex-RDA. Les loyers sont très modestes, souvent partagés, grâce à la vie en communauté des « Wohngemeinschaft » (les colocations). L'offre culturelle connaît son plein boum et reste accessible à tous les portes-monnaies. Enfin, Leipzig c'est un champ infini de possibilités pour la jeunesse allemande et internationale, qui a su s'emparer des espaces cabossés par la marche de l'Histoire. C'est aussi une ville à échelle humaine qui permet d'apprécier le contact des autres sans pour autant être étouffante, où l'on peut apprécier une des formes de la sobriété heureuse.
Cécilia Coulon
25/01/10
une devanture style Art Nouveau (crédit photo: M. Massuard-Willmann)
une ville en réaménagement permanent (crédit photo: M. Massuard-Willmann)