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Actrice, scénariste et réalisatrice, Julie Delpy aime surprendre. Deux ans après Two Days in Paris, elle retourne derrière la caméra et abandonne le genre de la comédie pour celui du drame. Pendant huit ans elle s’est penchée  sur la vie de la comtesse hongroise Elisabeth Báthory, son sujet pour Die Gräfin. Présentée en 2009 lors de la Berlinale, cette coproduction franco-allemande dont la sortie en France est sans cesse reportée est désormais disponible en Dvd en Allemagne.


A priori rien de nouveau sous le soleil de Hongrie. La vie de celle qui a été surnommée la comtesse Dracula a déjà fait couler beaucoup d’encre. Les ouvrages littéraires, les interprétations cinématographiques et les chansons de groupes de métal au sujet de la Belle se comptent par dizaines. Pourtant le film de Julie Delpy s’illustre par sa singularité. Sans tomber dans le gore que pourraient inspirer les légendes, la réalisatrice et principale actrice du film nous livre un drame à nous glacer le sang.




La comtesse Báthory



Julie Delpy et Daniel Brühl

Une sanglante tragédie :

 

                Inspiré d’une histoire vraie, Die Gräfin est le portrait d’une des femmes les plus puissantes de son temps et de celle qui fut sans doute la première tueuse en série de l’histoire. Le film commence comme un récit d’époque, une romance historique tournée en costumes pour peu à peu s’imprégner de la tension et de la peur qui hantent les victimes d’Elisabeth Báthory. Après la mort de son époux, la comtesse devient une femme riche et prééminente. Aidée de sa confidente, la sorcière Anna Darvulia (Anamaria Marinca), elle étend son influence jusqu’à devenir la personne la plus influente du royaume, capable de dicter au roi sa volonté. C’est à la Cour de celui-ci qu’elle rencontre le jeune Istvan (Daniel Brühl) dont elle tombe éperdument amoureuse. Le jeune homme l’abandonne. Rongée par le malheur, la comtesse nourrit alors l’idée qu’elle a été délaissée en raison de son âge annonçant une beauté sur le déclin. Obsédée par son image, Elisabeth Báthory sombre dans la folie et se persuade que seul le sang de jeunes vierges pourra redonner à sa peau son éclat d’antan. Commence alors une série d’actes sanglants… Amour, obsession, trahison, folie et mort : les éléments clés d’une tragédie donnent le ton à ce film dans lequel la tension qui monte crescendo rend le dénouement implacable. Julie Delpy campe ici une comtesse en proie à l’hystérie dès que son corps accuse un signe de l’âge. Cette folie effraie bien plus que les actes sanglants auxquels se livre Elisabeth Báthory et ses complices. La réalisatrice a fait le choix de faire couler peu de sang dans son film. L’horreur suggérée n’en est que plus terrible.




La comtesse face à sa première victime.

Des thèmes intemporels :

 

                Comment lutter contre la mort et la décomposition ? C’est la question que se pose la jeune Elisabeth Báthory : « Pourquoi quelqu’un que l’on met en terre ne pousse-t-il pas comme une graine ? » demande-t-elle.  La thématique de la mort est présente de bout en bout dans ce film. Rester jeune et lutter contre les méfaits du temps deviennent pour elle une obsession. Les pratiques de la comtesse sont extrêmes, mais face à cette problématique du temps qui passe on ne peut s’empêcher de penser aux techniques actuelles destinées à nous préserver des rides. Quand on l’interroge, Julie Delpy se défend : « il ne s’agit pas ici de prendre position face à la démocratisation du botox et au dictat de la jeunesse éternelle, mais de rappeler que la peur de mourir est toujours omniprésente ». Autre écueil à éviter : ranger le film dans la catégorie des films féministes qui diraient des hommes qu’ils sont tous pourris et des femmes qu’elles sont des êtres extraordinaires. Ici, la femme est puissante, intelligente, captivante et cruelle, ce qui en fait l’égale de l’homme. « C’est en cela que mon film est féministe, explique Julie Delpy, j’ai voulu créer une figure féminine évoluant dans un univers masculin, en proie aux forces et aux faiblesses d’un homme sans pour autant être meilleure ou pire ».

 




Celle que l'on a surnomée la Comtesse-Dracula.

Une trame dramatique captivante, des personnages remarquables d’intelligence et de cruauté, des débats d’actualité et un casting de tête d’affiche servent remarquablement cette tragédie. La légende d’Elisabeth Báthory et de ses 600 victimes n’a pas fini de nous hanter.

 

Mathilde Frézouls

30/01/10

 





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