

Alors que le printemps semble s’installer timidement, l’heure est au bilan : Avions annulés, accidents de voiture, autoroutes bloquées, ruptures de stock de sel, embouteillages, trams stoppés, coupures d'électricité mais aussi matchs de foot annulés... Avec des températures frôlant parfois les -25°C et de la neige qui n'en finissait plus de tomber, cet hiver, rude, a coûté très cher à l'Allemagne. Entre les dommages causés par le gel sur le réseau ferroviaire et autoroutier et la grande consommation d'énergie, les coûts engendrés sont énormes.

« Cela faisait 30 ans qu'on n'avait pas eu un hiver aussi froid et avec autant de neige » précise la météorologue Dorothea Paetzold de Deutschen Wetterdienst (DWD, le service météorologique allemand). Cet hiver exceptionnel restera gravé dans les mémoires des experts économiques, qui ont estimé qu'il devrait coûter au premier trimestre de cette année, environ 0,3% du PNB allemand. Rien qu'à Berlin et d'après le BZ (quotidien à sensations berlinois) et l'hebdomadaire Spiegel, 100 millions d'euros pour la remise en état des 5343 kilomètres de réseau routier semblent nécessaires. Le problème, la capitale n’aurait prévu que de 2,5 millions. Et à ces frais se sont ajoutées les dépenses pour le sel et les graviers. Berlin a ainsi eu besoin de 35 000 tonnes de gravillons cet hiver.

Les assurances et caisses maladies sollicitées
Les accidents de voitures s’étant faits plus nombreux, les assurances payent une partie de l'addition de cet hiver ravageur. Dans toute l'Allemagne plus de 55 000 dommages de responsabilité civile liés à ce long hiver ont été enregistrés, pour une somme totale de 230 millions d'euros, précise le « Gesamtverband der Deutschen Versicherungswirtschaft » (GDV = syndicat général du secteur des assurances allemand).
« Il y a (également eu) cet hiver beaucoup plus d'arrêts maladie et d'accidents dus aux chutes sur le verglas - blessures aux pieds, genoux, épaules et bras - que dans les années passées », confirme Heike Weinert, porte-parole de la caisse d'assurance maladie technique de Berlin. Les hôpitaux se sont battus avec trois fois plus d'accidents dus au verglas, comparés aux années précédentes. Les caisses maladies s'attendent donc à plusieurs dizaines de millions d'euros de frais supplémentaires pour les accidents causés par l'hiver.

Les routes endommagées
L'hiver a également endommagé les routes. Les experts de la voirie de la TVÜ (Technischer Überwachungsverein = Service de contrôle Technique) de Rhénanie estiment actuellement qu'entre 30 à 40% des routes du pays ont été fortement endommagées.
Pour le Deutsche Städte- und Gemeindebund* (DStGB: l'Association Allemande des Villes et Municipalités) 2,24 milliards d'euros seraient nécessaires à la reconstruction du réseau autoroutier communal détruit ou endommagé par le gel. En tout, les communes s'approcheraient cette année des 3,5 milliards d'euros de frais supplémentaires.
Des Länder endettés
Le land de Hesse par exemple, d'après les premières estimations, aurait besoin d'une rallonge de 27,5 millions d'euros, annonçait récemment le ministère des Transports de Wiesbaden. La Rhénanie-Palatinat quant à elle, a annoncé un „Winterschäden-Sonderprogramm“ ("programme spécial de dégâts d'hiver"): l'enveloppe devrait s'élever à 12 millions d'euros. Dans le Brandebourg, on songe même à mettre en place un programme d'urgence de financement.
Les dégâts seront un sujet important lors de la conférence des ministres des Transports en avril. Enfin, le responsable de l'Association Allemande des Villes et Municipalités, Gerd Landsberg, a déclaré que le budget des réparations pour les dommages causés par le gel sur les routes est le défi central du printemps pour les villes et municipalités et que les Länder attendent une aide complète et rapide de l'État.

Des secteurs touchés
Par ailleurs, les secteurs de la construction et du transport ont au moins dans un premier temps été aussi victimes de ce terrible hiver, les intempéries « gelant » certains travaux, impliquant ainsi pour les employés chômage technique et pour les sociétés retards multiples. « Cela représente une diminution de la puissance économique allemande de 1,5 milliards d'euros à cause du temps », estime M.Krämer, chef économiste à la Commerzbank dans le Frankfurter Allgemeine. Une partie sera cependant vraisemblablement rattrapée au cours de l'année.
A cause de la neige, le secteur ferroviaire a lui aussi été touché. Les trains retardés ou annulés ont causé du tort à la Deutsche Bahn qui aujourd'hui s'excuse auprès de ses clients. « Nous nous excusons pour le dérangement » a écrit la Deutsche Bahn dans un courrier à ses clients. De plus, les propriétaires de carte d'abonnement annuel ICE ont reçu des bons pour des voyages atteignant parfois les 50 euros.
D'après M. Rüdiger Grube, patron de la deutsche Bahn, « les trains doivent être fiable par temps de glace ou de neige ». L'ancienne publicité qui faisait alors la promotion de ces trains résistant à toutes intempéries n'est pas prête d'être re-diffusée. Des experts voient comme cause principale des problèmes de fiabilité des trains de cet hiver, la politique d'achat et de maintenance des vingt dernières années. Afin de tourner la page et d'oublier les perturbations de cet hiver, M.Grube a annoncé une offensive qui se compte en milliards, soit des investissements conséquents sur les trains et lignes.

La neige disparaît, les graviers restent
Maintenant que la neige a fondu, restent les gravillons sur les trottoirs. Le pays a dû dés la fonte nettoyer les rues des gravillons, du sel et des déchets en tout genre, notamment des reliefs de la Saint Sylvestre (pétards, canettes, bouteilles et autres ordures bloquées sous la glace depuis plusieurs mois). Le maire de Berlin, Klaus Wowereit (SPD), a chiffré à plus de 50 millions d'euros le prix que devrait fournir le Land de Berlin pour les nombreuses heures supplémentaires des services de déneigement et les réparations des dommages causés par le gel.
D'après M. Wowereit, le prix à payer pour la seule évacuation de la neige et de la glace se serait quant à lui élevé à 21 millions d'euros. A cela s'ajoute 25 millions d'euros pour le « Schlagloch-Sonderprogramm » du Sénat (programme spécifique qui a pour but de reboucher les trous sur la chaussée) et cinq millions pour ramasser les 30 000 tonnes de sel de déneigement. Le ramassage du gravier estimé à 600 000 euros étant déjà compris dans l'estimation.
Petite note écologique : Les gravillons sont recyclés. Rassemblés puis nettoyés, ils seront à l'avenir employés pour la construction de routes ou tout simplement stockés pour les hivers à venir.
Certaines entreprises ont cependant profité du rude hiver. Par exemple, l'entreprise allemande de sel de déneigement Kali und Salz (K+S), l'un des plus grands fournisseurs de sel au monde et qui possède des sites de production dans le monde entier. Satisfait d'une saison exceptionnelle, elle assure que « les ventes de sel ont au moins doublé ». En outre, conséquence logique d'une subite et forte demande, le prix du sel de déneigement a considérablement augmenté.
Madeline Bourvon
13/04/10
*association communale en Allemagne et Europe, qui défend l'autonomie des villes et municipalités