

Les magasins Karstadt ont trouvé preneur le 7 Juin 2010. Après plusieurs offres préalables, c’est finalement un tandem composé par le financier allemand Nicolas Berggrün et le groupe franco-américain de textile BCBG Max Azria qui reprend les rênes de la chaîne de distribution allemande.
La cession devrait être conclue d’ici au 9 Juin par l’admnistrateur judiciaire Klaus Hubert Görg.

Une solution fragile ?
La maison mère Arcandor, s’étant vue dans l’obligation de déposer le bilan en juin 2009 avait laissé les magasins Karstadt en situation de cessation de paiement.
Madeleine Schickedanz, actionnaire historique du groupe Arcandor avait alors déclaré, lors de la faillite, qu’elle "devait maintenant vivre avec 500 à 600 euros par mois, qu’elle achetait dans les magasins discount et cultivait des fruits et légumes dans son jardin."
La chaine de magasins Karstadt a pourtant pu continuer à opérer sous le contrôle de l’administrateur judiciaire Klaus Hubert Görg jusqu’à son rachat, alors que les créanciers avaient accepté en avril 2010 un plan les menant à rennoncer à 97% des 3 milliards de dettes du groupe.
Le groupe Karstadt comprend actuellement 120 magasins ainsi que les maisons KaDeWe à Berlin, Oberpollinger à Munich et Alsterhaus à Hambourg. Il emploie 26000 personnes.
Les nouveaux proprietaires disent vouloir redonner à Karstadt sa gloire d’antan en renforcant l’attractivité des magasins et ils assurent une sauvegarde des emplois. En échange Nicolas Berggrün attend un effort de la part du loueur des murs Highstreet, au niveau des loyers, jugés beaucoup trop élevés. Toutefois cet effort n’est pas acquis. Le consortium Highstreet candidat malheureux au rachat de Karstadt a mis en garde M. Berggrün sur le fait que le groupe risquait toujours la liquidation en cas de non-entente sur les loyers.
Ce potentiel échec de reprise de la part de M. Berggrün serait de bon augure pour le distributeur allemand Metro, toujours intéressé par le rachat afin de renforcer ses propres enseignes.
M.Berggrün a fait une offre tournant autour de 70 millions d’euros avec une prévision d’investissement d’environ 240 millions sur trois ans. Ce rachat a le soutien de Verdi, syndicat majoritaire de Karstadt, qui considérait l’offre de Berggrün comme la plus intéressante.

Nicolas Berggrün, un entrepreneur atypique
Nicolas Berggrün, fondateur du groupe Berggrün Holdings, est le fils de Heinz Berrgrün, célebre marchand d’art allemand.
Il a grandi en France et en Suisse avant de partir étudier à l’université de New York, ou il commence après sa graduation à investir sur les marchés financiers. Il fonde en 1984 Berggrün Holding Inc, avec une stratégie de rachats basée sur des partenariats avec le management des groupes afin de créer de la valeur sur le long terme.
Après avoir connu le succès et amassé des millions, M. Berggrün avait dit vouloir investir dans le « monde réel » : des investissements étant suceptibles d’améliorer la vie des gens, recherchant ainsi des sources d’énergie alternatives ou des moyens pour améliorer la productivité agricole.
M. Berggrün reste un personnage à part, il évite la presse et n’est jamais apparu dans la liste Forbes des personnes les plus riches du monde, bien qu’il serait censé en faire partie.
Il y a quelques années, lorsqu’un magazine hollandais avait essayé de publier un profil sur lui, il en avait racheté toutes les copies afin de les détruire.
Selon ses collègues, Il travaille de 12 à 14 heures par jour et visite rarement ses bureaux, préférant travailler depuis sa chambre d’hôtel, à l’aide de son Blackberry.
Il s’est débarassé d’une partie de ses propriétés (mis a part sa collection d’art et son jet privé) et vit maintenant dans les hôtels. Pour lui « la possession n’est que temporaire, c’est ce que je fais et ce que je crée qui va s’incrire dans la durée ».
Il a pour projet d’ouvrir un musée privé à Berlin, dans lequel il souhaite exposer sa collection d’art moderne.

Xavier Buatois, 08/06/2010