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 Frank-Walter Steinmeier et son épouse Elke Büdenbender.
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Il existe des gestes qui, en alliant courage politique et sacrifice de soi, forcent l'admiration de tous. Après avoir conclu un compromis au sein du SPD sur le dossier très controversé des retraites, Frank-Walter Steinmeier vient d'annoncer son retrait politique pour quelques semaines. L'état de santé d'Elke Büdenbender, son épouse, s'étant brutalement dégradé, celle-ci a besoin d'une greffe de rein de toute urgence. « je serai moi-même le donneur » a déclaré le président du groupe parlementaire SPD*.

Une décision qui « mérite notre respect ainsi que notre admiration ».
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 Frank-Walter Steinmeier, président du groupe parlementaire SPD au Bundestag.
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Dans la salle de conférence du Bundestag au troisième étage du bâtiment, le silence et le respect envahissent la salle en même temps que les mots de M.Steinmeier. En serrant le pupitre de ses deux mains, et vêtu d'un costume sombre ce n'est plus le politique qui s'exprime ainsi d'une voix calme et posée, mais l'homme. Il ne sera pas question aujourd'hui d'un nouveau rebondissement au sein du SPD mais d'un sujet dont la gravité tend à reléguer ces préoccupations au second plan. Il annonce d'abord qu'il va « se retirer pour quelques semaines » puis entame les explications, un exercice inhabituel pour cet homme habituellement peu loquace sur sa vie privée. Son épouse souffre d'une grave insuffisance rénale qui s'est soudainement aggravée durant les dernières semaines. « Nous avons recherché d'autres thérapies. Mais d'après les avis médicaux seule une transplantation peut l'aider. Faute d'alternative, et parce que les examens préalables le permettent, je serai moi-même le donneur ». Face à cette preuve de courage mâtinée d'une détermination sans faille, les réactions ne se sont pas faites attendre. Deux heures après la conférence le ministre de la Santé Philipp Rösler indiquait que cette décision « mérite notre respect ainsi que notre admiration ». Angela Merkel (CDU**), qui a travaillé avec Steinmeier du temps où celui-ci était vice-chancelier lors de la grande coalition (2005 – 2009), s'est exprimée par l'intermédaire du porte parole du gouvernement. « La chancelière a été très attristée et inquiétée en apprenant que son épouse était aussi sérieusement malade , en ces temps difficiles ses pensées se tournent certainement vers le couple ». Le quotidien berlinois Tagesspiegel rapporte que le couple était au courant depuis fin mai du caractère inéluctable de la transplantation, seule l'échéance demeurait encore une inconnue. M. Steinmeier savait depuis début juillet, date à laquelle il a passé les premiers examens, qu'il serait le donneur.

Des dissensions à gérer au sein du SPD.
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 Franz Müntefering (SPD) initiateur de la réforme sous la grande coalition.
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Cette épée de Damoclès ne l'a pourtant pas empêché de mener une seconde lutte, toujours interne mais concernant cette fois l'héritage de la retraite à 67 ans. C'est en 2007 que cette réforme fut votée par la grande coalition qui regroupait alors des élus de la CDU de la CSU*** et du SPD. Steinmeier est alors ministre des affaires étrangères et vice-chancelier au côté d'Angela Merkel. Sous l'impulsion de Franz Müntefering (SPD), ministre du travail et des affaires sociales, la coalition décide de repousser l'âge légal de départ à la retraite donnant droit à une pension complète de 65 à 67 ans. L'augmentation progressive du seuil pour une pension complète ne doit commencer qu'à partir de 2012 pour se terminer en 2029. Les Sociaux-démocrates ont cependant instauré une clause soumettant ce relèvement de l'âge légal à une amélioration du marché du travail pour les séniors. Ainsi plusieurs enquêtes seront réalisées, notamment en novembre, pour mesurer le taux d'activité de ceux-ci. Cet héritage des réformes votées par le SPD alors qu'il gouvernait, comme par exemple les lois Hartz IV****, est à l'origine de nombreuses dissensions agitant le parti depuis qu'il est dans l'opposition. L'aile gauche critique ce glissement du SPD vers la droite, tandis que certains députés ont remis leurs cartes de membre pour aller rejoindre les rangs de la nouvelle formation d'Oskar Lafontaine « Die Linke ». « La gauche » celle que, selon eux, le SPD ne représente plus. Le parti doit cependant se mettre d'accord sur une ligne directrice à adopter face à la mise en place programmée de la réforme. C'est alors que les dissensions apparaissent. L'actuel maire de Berlin et vice-président fédéral du SPD, Klaus Wowereit réclame ainsi dans les colonnes du Süddeutsche Zeitung, un abandon rapide de la retraite à 67 jugée « injuste » pour les hommes « qui se sentent punis lorsqu'on leur dit qu'il faudra travailler jusqu'à cet âge-là ». Pour lui « l'actuelle frontière des 65 ans est suffisante », en conséquence le maintien de la retraite à 67 ans serait « une véritable erreur ». Le maire de Berlin n'avair pas hésité dès le soir de la défaite, ou plutôt de la non victoire au Bundestag, à expliquer cet echec par cette décision. De l'autre côté l'instigateur de la réforme M.Müntefering, défend fermement sa mise en route à partir de 2012. Il voit derrière ces hésitations une manoeuvre politiques aux finalités électorales : «Puisque tous les participants connaissent les effets d'un rejet sur la poursuite du débat dans les prochaines années, tout comme sur la prochaine campagne électorale, il est difficile de ne pas voir le regard de connivence. Cela n'est en tout cas pas bon pour la crédibilité du SPD et de la politique en général ».

Une brève accalmie ?
Au milieu de toute cette agitation M.Steinmeier adopte une position plus nuancée autour de laquelle il espère forger un consensus. Dans un entretien au Berliner Zeitung, il considère « l'allongement du temps de travail comme nécessaire » et se déclare convaincu tout comme Sigmar Gabriel [le président du SPD] que « toute personne devant travailler plus longtemps, doit avoir la possibilité de le faire ». M.Steinmeier entend ainsi s'appuyer sur l'état du marché du travail pour les séniors : « Nous devons aujourd'hui décider, si la clause de contrôle, que nous avons nous-même introduite dans la loi, doit être prise au sérieux ou non ». Autour de ces considérations M.Gabriel et M.Steinmeier qui juge ses relations avec celui-ci « bonnes et amicales » parviennent finalement à faire adopter un texte de compromis à l'unanimité. Néanmoins seuls les principaux dirigeants du parti ont pris part à ce vote. Le SPD sort peu à peu de la crise. L'accord prévoit de repousser la mise en place de la réforme à 2015 si et seulement si le taux d'activité des 60 – 64 ans se situe au-dessus de 50%. Les dernières données disponibles indiquent que ce taux ne dépasse guère les 21,5 %. Toutefois l'objectif de 2029 reste inchangé, cela devrait donc impliquer une augmentation plus rapide de l'âge légal pour atteindre les 67 ans. Un apaisement au sein du SPD n'est pourtant pas encore assuré. L'aile gauche du parti continue ainsi de réclamer un vote officiel lors du prochain congrès qui aura lieu à Berlin le 25 septembre. Ils espèrent ainsi pouvoir contourner le compromis par le vote des adhérents, tout en dénonçant la rupture qui s'est opérée selon eux entre les dirigeants et leur base. Quant aux chances de cette proposition du SPD d'être adoptée par le Bundestag, elles sont très minces si l'on en croit la position du gouvernement et d'une partie de l'opposition. La ministre du travail Ursula von der Leyen (CDU) compte tenu du « manque de main-d'oeuvre au sein l'économie allemande » ne voit pas d'incovénient à l'allongement du temps de travail. Renate Künast, présidente du groupe parlementaire « Die Grünen », souhaite s'en tenir à l'échéancier initial tandis que Die Linke préconise de repousser la mise en place de la réforme à 2016.
Le dévouement de Frank-Walter Steinmeier devrait être plus efficace au sein de son couple que de son parti. En effet ce compromis d'un jour risque de ne pas avoir beaucoup d'avenir et surtout d'implications. L'essentiel des dégats est déjà là : le découplage d'une partie de l'électorat de gauche d'avec le grand parti social démocrate.
Quentin Schnapper 02/09/2010
* Sozialdemokratische Partei Deutschlands
** Christlich Demokratische Union
*** Christlich-Soziale Union
**** Article sur les différentes réformes Hartz : http://lagazettedeberlin.de/5906.html
Pour de plus amples informations :
Sur la réforme des retraites en Allemagne : http://www.lagazettedeberlin.de/6079.html
Sur le vieillissement de la population : http://www.lagazettedeberlin.de/3189.html
