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Garagiste français à Berlin

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Hans-Christian Ströbele, juin 2010 © Alexandre Dumont Blais

Hans-Christian Ströbele, seul député des Verts élu au Bundestag dans le cadre d'une circonscription électorale locale* (Friedrichshain-Kreuzberg), est toujours prêt à réagir face aux évènements. Après avoir affiché en octobre dernier une opposition véhémente au projet Stuttgart 21 dans une manifestation devant le Bundestag, il vient de qualifier "d'usurpation administrative" la récente présence policière française aux côtés des forces allemandes contre le blocage du dernier tronçon du parcours des déchets nucléaires «Castor» et il réclame une explication aux autorités.

 

Pout la rencontre avec La Gazette, le député avait tiré quelques chaises sur le trottoir devant sa permanence. Portrait d’un humaniste qui malgré sa chevelure blanche reste vert dans tous les sens du terme. Ströbele raconte ce qu’il retient du passé, ce qui le révolte et confie ses déceptions, entre autres sur la politique intérieure, et commente la démission de l’ex-président de la République Horst Köhler, la réforme des retraites et les visions diamétralement opposées entre la France et l’Allemagne sur le dossier du nucléaire.

 


Le politicien commence sa carrière en 1967, au moment où les mouvements étudiants agitaient l’Europe et le monde entier. Berlin n’a pas échappé à ces prémices d’une révolte contre l’ordre social. Ströbele se rallie à l’opposition extra-parlementaire aux lendemains du 2 juin 1967, jour où l’étudiant Benno Ohnesorg** est tué par un policier lors d’une manifestation contre le régime dictatorial du Shah d'Iran en visite à Berlin.

 

Durant des années, l'avocat Ströbele a défendu des membres de la RAF (la Rote Armee Fraktion) issus en grande majorité de l’opposition extra-parlementaire avec qui il a fait connaissance lors de manifestations, rassemblements et sit-ins. Ströbele a cofondé le Tageszeitung (journal alternatif de gauche) et la Liste alternative pour la démocratie et la protection de l’environnement, l’ancêtre de l’actuel parti Vert.

 

Si les événements de 1968 n’ont pas abouti à une révolution en Europe, Ströbele soutient qu’ils ont fortement changé la société sur le plan culturel et sexuel, et sur le fait d'accepter que l’Allemagne devienne un pays d’immigration. « Tout cela était tabou », rappelle-t-il.

 


Exploit électoral inexplicable?



Affiche de la campagne électorale de 2005

Quelle serait sa plus grande réussite politique? M. Ströbele répond du tac au tac : « Qu’un vert obtienne une majorité dans une circonscription! C'était tout à fait inattendu et personne ne pensait que c'était possible. J'ai réussi cet exploit trois fois consécutivement! » Ces majorités ont progressé d’une élection à l’autre. En 2002 : 31,6 %, en 2005 : 43,2 % et en 2009 : 46,8 %.

 

Le fait sociologique des électeurs de Friedrichshain-Kreuzberg (étudiants, jeunes familles, immigrants, etc.) pourrait-il expliquer ces exploits électoraux? Non, selon le principal intéressé, « Il n’y a pas que des électrices et des électeurs d’un milieu particulier, comme on le pense toujours. Vous n’avez qu’à vous déplacer dans Friedrichshain, et dépasser les alentours de la gare du S-Bahn, vous y verrez d’anciens quartiers de l’Est qui ont peu changés avec des immeubles pré-fabriqués comme l'on peut en voir partout à l'Est. Là aussi j’ai gagné suffisamment de voix, autrement je n’aurais pas été élu. » M. Ströbele rappelle que le parti Vert, qui pouvait être élu grâce à la deuxième voix, a obtenu 23 %*. « Cela signifie que plus de la moitié de mes électeurs donne leur seconde voix à d’autres partis. » Les électeurs votent donc Ströbele pour l’homme et ses idéaux.

 


Un vote vert surtout limité aux grandes villes?

« Dieu soit loué, cela à bien changé! Il y a depuis, dans la population paysanne en Bavière par exemple, mais aussi dans le Bade-Wurtemberg ou en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, de plus en plus d’agriculteurs qui votent également pour les Verts. » La population d’agriculteurs peu représentée en Allemagne est très conservatrice. « Elle avait manifesté beaucoup d’incompréhension envers les idées et intérêts que les Verts représentent et aussi envers le mouvement écologique ou les nouvelles mobilisations citadines. »

 

Quant au coût d’une politique environnementale qui pourrait être rédhibitoire dans le contexte économique actuel, M. Ströbele rappelle que les politiques sur le climat, l’environnement et l’écologie sont devenues un thème primordial de tous les partis politiques, et ce, même dans des pays où l'on avait pensé cela impossible, comme aux États-Unis ou en France. Ainsi, l'accroissement des préoccupations écologiques profite bien sûr aux Verts mais force aussi tout les acteurs politiques à se prononcer sur la question: « Merkel, Sarkozy et Obama ont intégré dans leurs actions des politiques environnementales », ajoute M. Ströbele.

 


Une passion qui ne se tarit pas, un homme de parole



Affiche du documentaire "Die Anwälte" (les avocats) sur Hans-Christian Ströbele, Otto Schily et Horst Malher, tous trois anciens défenseurs des membres de la R.A.F.***

Le député de 71 ans se demandait à l’automne dernier s’il présenterait sa candidature à nouveau : « Si je suis toujours en bonne santé, je ne crois pas que je tiens à être assis à la maison devant la télévision et vivre la politique de si loin. » Ce que M. Ströbele souhaite que ses électeurs retiennent de lui, c'est qu’il tienne parole et qu’il ne se distance pas de ses idéaux. Il espère que cette caractéristique imprègne d’autres hommes politiques des nouvelles générations. « Les gens votent pour moi non pas seulement parce qu’ils pensent que les idées politiques que nous défendons sont justes, mais choisissent plutôt une personne pour sa crédibilité et sa fidélité à son engagement. Tout cela s’est largement perdu dans le monde de la politique en Allemagne. »

 

Farouche opposant à la guerre en Afghanistan, M. Ströbele explique ne pas avoir de modèle, mais admirer les hommes politiques qui réussissent à rester fidèles à leurs opinions. Le député Vert fit de cette intangibilité un critère important de l'action politique même si cela peut parfois friser l'obstination: « Je sais à quel point cela est difficile. Presque tout le monde au Bundestag considérait la guerre en Serbie comme indispensable. Avec une très petite minorité dans mon coin, j'ai tenté malgré tout de ne pas changer d’avis. » M. Ströbele a mis de gros espoirs en Barack Obama et en a toujours aujourd’hui. « À côté de l’ancien président Bush, Obama est une réelle avancée, une illumination, mais je suis déçu de la politique de guerre qu’il mène en Afghanistan. »

 


Démission de Horst Köhler : inacceptable!

« Après avoir entendu sa déclaration, je l’ai vivement critiqué et je lui ai dit que son comportement ne pouvait convenir avec notre Loi fondamentale. » Selon M. Ströbele, le président fédéral a réagi beaucoup trop sensiblement. « Un président doit savoir prendre du recul par rapport aux critiques qui lui sont faites, surtout lorsqu’il s’agit de sujets comme la guerre et la paix. » Aurait-il été intéressé par le poste? « Je veux faire de la politique et non pas aller de réceptions en événements ou à des inaugurations d'expositions. »

 


Et la réforme des retraites en Allemagne?

« Vous savez, depuis que le mur et le camp « socialiste » n’existent plus, je me dis toujours que je suis de gauche. Auparavant, je ne l’avais jamais dit, car je trouvais cela stupide, mais depuis que la gauche n’est plus à la mode, je le dis partout et ça répond à toutes ces questions. » M. Ströbele est pour une redistribution des richesses de ce monde du haut vers le bas, en Allemagne, en France, en Europe, et à l’échelle mondiale : « Je pense que c’est notre devoir politique que de se charger d’un partage équitable des biens de ce monde sur le moyen et long terme. Après cela seulement, l’humanité aura accompli son devoir. »

 


Énergie nucléaire : les Français doivent apprendre!



Affiche de la campagne électorale de 2002

Si une partie de l’Europe (Allemagne, la Scandinavie, etc.) a une longue tradition écologiste et peut se targuer d’être précurseur en la matière, la prise de conscience tarderait à venir en France. « Les Français vont apprendre, et doivent apprendre que l’énergie nucléaire n’appartient pas à l’avenir. Dans tous les pays, y compris la France, il n’y a aujourd’hui pas de solution face au problème du stockage des déchets atomiques. Il est totalement irresponsable de laisser aux futures générations non seulement de lourdes dettes, mais également du poison en quantité toujours plus importante. »

 

M. Ströbele déplore que l’énergie nucléaire soit toujours utilisée, et ce, depuis des décennies sans que de vraies solutions durables aient été trouvées pour résoudre le problème des déchets. Le député croit que la France emboîtera un jour le pas à l'Allemagne dans la bonne direction. « Se situant visiblement plus près de Tchernobyl, l’Allemagne a compris plus tôt le grand danger que représentait l’énergie nucléaire. » De plus en plus de recherches sont menées, non seulement en Ukraine ou en Pologne, mais aussi en Allemagne, sur le développement de maladies et sur des types précis de cancers. « Ce qui est indéniablement lié à l'explosion de Tchernobyl », explique M. Ströbele.

 

 

Alexandre Dumont Blais (interview, rédaction), Lili Schackert (interview, traduction), Amandine Martinez (traduction).

17.11.2010

 

 

* Pour plus d’informations sur le système électoral, lire notre article : www.lagazettedeberlin.de/5596.html

 

** le 2 juin 1967 l’étudiant Benno Ohnesorg est tué lors d'une manifestation par le policier Karl-Heinz Kurras, par ailleurs espion de la Stasi (police politique de l’Allemagne de l'est) infiltré au sein de la police de Berlin-Ouest. Cet évènement a provoqué une radicalisation des mouvement contestataires. En 2009 on a appris que Karl-Heinz Kurras travaillait depuis 1955 pour la Stasi et aurait divulgué quantité de documents à Berlin-Est.

 

L'assassinat qui aurait pu être une très perverse et efficace opération de manipulation et de déstabilisation, n'aurait toutefois pas été orchestré par la Stasi. Dans les scènes d'ouverture (6ème minute) du film "La Bande à Baader" (Der Baader Meinhof Komplex) le crime et le contexte des manifestations est reconstitué. Le film montre combien cette mort eut un rôle mobilisateur dans le basculement vers la violence.

 

Ci-dessous un extrait du film contenant la scène :


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Dans cette vidéo, on peut voir M. Ströbele intervenir dans une manifestation entre le Bundestag et la chancellerie contre le projet Stuttgart21 :



*** Ci-dessous la bande-annonce du documentaire Die Anwälte, 2009 :




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