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Garagiste français à Berlin

imprimer   25.05.2013 
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Le logo allemand anti-nucléaire

Les graves accidents survenus à la centrale nucléaire japonaise de Fukishima depuis le tsunami du vendredi 11 mars 2011 conduisent à un revirement de la politique énergétique du gouvernement Merkel. La chancelière a en effet annoncé un moratoire d'une durée de trois mois obligeant la suspension de l'allongement prévue de la durée de vie des plus anciennes centrales nucléaires : « Nous ne pouvons pas faire comme si de rien n'était », a-t-elle déclaré en conférence de presse lundi 14 mars. A l'inverse de son voisin français, l'Allemagne affiche donc clairement sa volonté de tirer des leçons de l'exemple japonnais, et de sécuriser son parc nucléaire au plus vite. Décision écologique ou manœuvre politique, à l'approche d'élections régionales aux enjeux essentiels pour le pouvoir en place, le moratoire sur le nucléaire allemand fait parler de lui. Les manifestations anti-nucléaires se multiplient, comme samedi 12 mars où plus de 60 000 manifestants ont formé une chaîne humaine de 45 kilomètres de long, entre la centrale atomique de Neckarwestheim (Bade-Wurtemberg) et la capitale régionale Stuttgart, afin de protester contre l’exploitation de l’énergie nucléaire.




La politique de chancelière allemande Angela Merkel vivement critiquée pour ce revirement brutal.

Un revirement politique controversé et critiqué

 

Suite à l'actuelle catastrophe nucléaire au Japon , le gouvernement allemand a choisi de mettre en place un moratoire de trois mois afin de laisser le temps à des experts indépendants de vérifier les conditions de sécurité dans les 17 centrales atomiques allemandes. La physicienne de formation qu'est Angela Merkel n'a pas pu ignorer plus longtemps l'importance des risques de fuites radioactives graves dans les installations les plus anciennes, auxquelles elle avait pourtant accordé un sursis de douze ans en moyenne à l'automne dernier. Les récents évènements au Japon nécessitent selon le gouvernement une correction : « Les images qui nous parviennent depuis vendredi, montre l'étendue apocalyptique des dégâts et laissent sans voix. Ces évènements nous apprennent à reconsidérer une chose que nous pensions sûre et qui ne l'est peut-être pas.[...] Il ne fait aucun doute que la situation après le moratorium ne sera pas la même que celle d'avant. »




Winfried Kretschmann (Die Grünen) à gauche sur l'image et Stefan Mappus (CDU) à droite.

Face à ce retournement de situation des membres éminents de l'opposition accompagnés de manifestants se sont retrouvés devant la chancellerie afin de dénoncer clairement un manège politique. En effet cette décision intervient après des manifestations en Bade-Wurtemberg où les élections régionales sont prévues pour le 27 mars. Les Verts ont d'ailleurs encore progressé de trois points dans les intentions de vote par rapport à la semaine dernière, pour atteindre 18%. Dans cette région du sud de l'Allemagne, le parti chrétien démocrate d'Angela Merkel a gagné toutes les élections depuis un demi-siècle. Ici et pour la première fois, suite aux nombreuses manifestations contre le projet de ''Stuttgart 21'', et après cette récente catastrophe nucléaire au Japon, ce Land pourrait être dirigé par des écologistes. Le très populaire candidat vert Winfried Kretschmann, 62 ans, incarne à la fois certaines valeurs bourgeoises traditionnelles, et représente le changement et l'écologie après 57 ans de CDU. Il est donc une sérieuse menace pour le candidat CDU et actuel ministre-président Stefan Mappus, très impliqué dans le nucléaire.

 

A la suite de l'annonce formulée par la chancelière, les réactions ont été nombreuses. Pour Claudia Roth, co-présidente du parti des Verts il s'agit avec cette annonce d'Angela Merkel de « gagner du temps jusqu'aux élections importantes de ces prochaines semaines ». Selon le leader du parti social-démocrate (SPD) Sigmar Gabriel, Mme Merkel joue avec la peur des Allemands, ce moratoire est surtout une ''tactique''. Le chef de la fraction des Verts au Bundestag, Jürgen Trittin critique cette manœuvre politique : « Au lieu de corriger sa récente décision d'allonger la durée de vie du parc nucléaire allemand, Mme Merkel essaye avec ce douteux moratoire de récolter des voix en Haute-Saxe*, en Rhénanie-Palatinat et dans le Bade-Wurtemberg ». Sa collègue Renate Kunäst (candidate des Verts pour la mairie de Berlin*) affirme qu'il est temps de prendre une « décision fondamentale » et de mettre à l'ordre du jour « le débat concernant le niveau de sécurité nucléaire en Allemagne » et expliquant comment l'Allemagne peut au plus vite en sortir.




La centrale nucléaire allemande de Biblis (Hesse).

La grande et belle histoire du mouvement anti-nucléaire allemand

 

Le mouvement anti-nucléaire est une longue histoire en Allemagne. Cela fait trente-cinq ans que la lutte contre le nucléaire mobilise la population allemande. Les manifestations atteignent rapidement plus de 20 000 personnes et se concentrent depuis 20 ans de plus en plus contre le transport de déchets nucléaires. Les ''Kastoralarm'' comme on les appelle en Allemagne, sont des appels à la protestation au niveau des voies de chemin de fer. Les manifestants ont pour but, grâce à leurs sittings, de retarder le passage du convoi Castor (nom donné à ces immenses conteneurs) tout en donnant une mauvaise image du nucléaire, et en augmentant le coût d'un tel transport pour décourager l'État, obligé de mobiliser des troupes de polices importantes pour faire évacuer les lieux, souvent dans la violence.

 

La première centrale nucléaire allemande a été créée en 1957 près de Munich (Bavière). L'Allemagne compte à présent 17 réacteurs répartis sur 12 sites. Les Allemands privilégient les centrales au charbon et les énergies renouvelables pour produire leur électricité. A titre de comparaison la France possède 58 réacteurs sur 19 installations, qui produisent 78% de l'électricité du pays. Une indépendance énergétique revendiquée par la France mais dénoncée par les écologistes européens. D'autant plus que Greenpeace prévoit dans le meilleur des cas un épuisement des réserves d'uranium pour 2070. Ce chiffre rappelle -qu'il s'agisse ou non de pétrole, de charbon, ou d'uranium- que les ressources minérales utilisées massivement par l'Homme pour produire de l'électricité, sont épuisables.




La manifestation du 12 mars près de Stuttgart a rassemblé plus de 60 000 personnes au sein d'une chaîne humaine de 45km.

L'une des premières grandes manifestations a eu lieu dans une commune du Bade-Wurtemberg en 1975 lorsque la population locale s'est opposée au projet de construction d'une centrale nucléaire à Wyhl. Les militants écologistes ont pris alors possession des lieux et ont campé pendant huit mois sur place de février à octobre 1975. Leur combat anti-nucléaire avait alors pris pour la première fois une ampleur nationale et leur victoire a marqué les esprits puisque jamais le projet n'a abouti malgré une décision de justice officiellement favorable à cette construction.

En 1979 et suite à l'accident nucléaire à Three Mile Island aux États-Unis, on a dénombré plus de 100 000 manifestants contre la construction d'un centre de stockage provisoire à Gorleben (Basse-Saxe). Il s'agissait alors du plus grand rassemblement anti-nucléaire depuis le début de la lutte. Récemment encore ce même centre de stockage s'est retrouvé au cœur de l'actualité : à l'occasion du transport par voie ferroviaire de déchets nucléaires retraités parti en gare de Valognes (dans la Manche, France) le 5 novembre 2010 pour atteindre ce fameux centre de stockage allemand de Gorleben, des dizaines de milliers de manifestants allemands s'étaient alors rassemblés et allongés sur les voies ferrées pour empêcher ce transport. Mais grâce à quelques 20 000 policiers expressément mobilisés pour intervenir contre les protestataires, le convoi nucléaire a finalement atteint sa destination au bout de 5 jours.

 

Le nucléaire reste donc ici particulièrement controversé. Depuis en 1986 les Allemands ont gardé un souvenir fort de Tchernobyl. L'évènement avait alors fait des ''illuminés écologistes'' pour de vigilants défenseurs de la nature et de la santé humaine. Le drame ukrainien avait alors donné une forte crédibilité au mouvement écologique anti-nucléaire, et ce partout en Europe.




Carte résumant l'étendue de l'énergie nucléaire en Allemagne. Cliquez pour agrandir.

En 2003 le gouvernement de gauche de Schröder avait pris la décision de stopper progressivement et au plus tard en 2022 l'activité des 17 centrales nucléaires allemandes. La loi de 2002 fixait clairement la fermeture des centrales allemandes après 32 ans d'activité. Au terme du programme, les premiers réacteurs auraient dû être éteints durant l'année 2011. Afin de compenser cette perte énergétique, le gouvernement rouge-vert misait sur les énergies renouvelables et leur développement. Bien que les éoliennes fleurissent dans les champs - et pour cause on en compte plus de 20 000 pour une production estimée à environ 8% de l'électricité allemande - et que les panneaux solaires recouvrent toujours plus de toitures en Allemagne, les énergies renouvelables ne suffisent apparemment pas encore à fournir suffisamment d’énergie. L' Allemagne se concentre donc sur le charbon. Cependant, ces centrales au charbon conduiront à l’émission de 170 millions de tonnes de CO² soit près de 5 % des émissions totales de l’Europe. Une solution peu écologique pour le pays leader de la lutte contre le changement climatique...

 

L'initiative de Schröder avait été saluée à l'époque. Pourtant à l'automne 2010, Angela Merkel choisi de prolonger de douze ans en moyenne la durée d'utilisation de ces mêmes centrales. Selon le pouvoir en place, il manquait clairement à l'Allemagne des moyens de production pour compenser l'abandon du nucléaire. La chancelière suspend donc la loi de 2002 au grand dam des écologistes et reporte l'extinction des derniers réacteurs à 2036. Il s'agissait en outre d'une des promesses de campagne des élections législatives de septembre 2009 de la part des conservateurs CDU de la chancelière Merkel et leurs partenaires libéraux (FDP) qui a été alors mise en place.




Une centrale nucléaire française (Chooz dans les Ardennes).

Allemagne-France : contraste

 

Le Stern a publié le mercredi 16 mars une enquête de l'institut Forsa (sur un échantillon de 1004 personnes) dévoilant la crainte de 80% des Allemands face au recours à l'énergie nucléaire dans le monde. Suite à la catastrophe du 11 mars au Japon, 63% des sondés déclarent souhaiter un abandon rapide du nucléaire en Allemagne. Parmi ses 63%, 11% des personnes interrogées souhaitent l'arrêt immédiat de toutes les centrales, et 52% se prononcent pour l'abandon du nucléaire d'ici cinq ans. Il est intéressant de constater que parmi les 37% restants, 20% veulent conserver cette énergie pendant au moins 22 ans (durée maximale prévue actuellement par le gouvernement) et 17% estiment indispensable l'utilisation sur le long terme de l'énergie nucléaire.

 

En France en revanche, pas de grandes manifestations quand un convoi de déchets nucléaires traverse le pays, ni de grands scandales autour des installations liées au nucléaire : l'illustration de ce manque de protestation est visible par exemple dans la Meuse alors que le gouvernement prévoit le futur site d'enfouissement de déchets radioactifs, les opposants à ce projet se sentent bien seuls. Nicolas Sarkozy a déclaré le 16 mars dernier qu'il n'était "pas question que la France sorte du nucléaire" tout en annonçant des contrôles de sécurité dans toutes les centrales nucléaires françaises, notamment celle de Fessenheim, en Alsace, la plus vieille du pays, située à la frontière avec l'Allemagne.

 

Des contrastes idéologiques évidents demeurent entre les deux pays, rendant d'autant plus difficile une initiative conjointe au sein des pays du G20 sur la sécurité nucléaire, comme l'a proposé le 14 mars le gouvernement allemand par l'intermédiaire de Norbert Röttgen, ministre de l'environnement. Toutefois de sources diplomatiques les chefs d'Etat français et allemands auraient eu l'occasion de s'entretenir par téléphone de ce sujet et seraient convenus de la nécessité d'une initiative franco-allemande en la matière.

 

 

 

Aliénor M. Carrière

18.03.2011

 

 

* Pour plus d'informations, lisez notre article sur les élections à venir.








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