Sur fond de polémique sur le nucléaire, le prospère Land de Bade-Wurtemberg gouverné depuis 1953, par la CDU* bascule à gauche. Les Verts signent une victoire historique, et formeront un gouvernement avec le SPD. Dans le Land voisin, en Rhénanie-Palatinat, le SPD, malgré un net recul, reste en tête, et s’alliera dorénavant avec les Verts. Plus que la CDU, le FDP et Die Linke sont les vrais perdants.
Le quotidien populaire Bild donne le ton, « Débâcle pour la CDU, méga-victoire pour les Verts », tandis que le Spiegel parlait de « sensation » pour qualifier la victoire historique des Verts (24,2%, doublant leurs derniers résultats dans le Land).
Pour la première fois un ministre-président Vert, Winfried Kretschmann formera donc une coalition avec le SPD (23,1%), troisième force derrière les Verts et la CDU (39%). Le FDP en obtenant 5,3% sauve de justesse son ticket pour une représentation au Landtag***, tandis que Die Linke (2,8%) ne sera pas représenté. Après 58 ans de règne de la CDU, il s'agit d'un bouleversement local avec à n’en pas douter des répercussions au niveau fédéral.
Dans le Land voisin de Rhénanie-Palatinat, les Verts sont aussi couronnés de succès. Ils font ainsi une entrée fracassante au Landtag, qui leur avait échappé de peu en 2006 (4,6% des voix en dessous donc des 5% nécessaires). Le SPD (35,2%) est en recul de 10 points et devra en effet gouverner avec les Verts (15,4%). La CDU, en progrès est la deuxième force du Land (34,2%), tandis que le FDP et Die Linke ne dépassent pas le seuil fatidique des 5%.

Die Linke et FDP : « Fukushima m’a tuer »
Pour Herman Gröhe, le secrétaire général de la CDU, l'attitude de son parti face à l'énergie nucléaire a été un facteur décisif dans les résultats mitigés obtenus. « Les soucis des gens, qui se sont exprimés à travers les votes, sont à prendre très au sérieux ».
Michael Fuchs, vice-président du groupe parlementaire CDU, a pour sa part déclaré que l'opinion publique était perplexe : "Nos manœuvres des deux dernières semaines n'ont tout simplement pas convaincu les électeurs". Herman Gröhe est toutefois optimiste quant aux résultats obtenus en Rhénanie-Palatinat : « C'est un succès important pour la CDU ».
Principal vaincu du scrutin de dimanche, Stefan Mappus, ministre-président sortant du Bade-Wurtemberg, résume comme ses confrères du parti les raisons de sa défaite. Il a rappelé le projet contesté de vaste gare ferroviaire à Stuttgart, appuyé par Angela Merkel, et la démission du ministre de la Défense Karl-Theodor zu Guttenberg, soupçonné de plagiat dans la rédaction de sa thèse de droit. "Vous savez bien quels sont les mots-clés: Stuttgart 21, le consensus énergétique, la démission de Karl-Theodor zu Guttenberg, les événements tragiques au Japon et bien d'autres", a énuméré Stefan Mappus.
Toutefois la victime principale des récents scrutins semble bien être le FDP : malgré un retour à Hambourg, pas de représentation dans les toutes fraîches élections en Haute-Saxe, éliminé aussi en Rhénanie-Palatinat et assis sur un fragile strapontin en Bade-Wurtemberg.
Les libéraux allemands associés dans l’opinion à un attachement au nucléaire, « déspécifiés » par une CDU toujours plus centriste paraissent ne plus convaincre d’être porteur d’un discours propre en phase avec les électeurs. Dans les jours qui ont suivi les résultats des voix au sein du parti se sont fait entendre pour une redéfinition du parti, notamment par le biais d’une distanciation vis-à-vis de l’énergie nucléaire.
Dans l’immédiat c’est Guido Westerwelle, qui tire les conclusions de l'effondrement électoral du FDP en quittant la présidence du Parti libéral. Le nouveau chef du FDP sera donc élu lors d'un congrès fédéral en mai. Deux candidats se détachent pour prendre sa succession à la tête de la FDP, le ministre de la Santé, Philipp Rösler, 38 ans, et le secrétaire général, nouvelle étoile montante, Christian Lindner, 32 ans. Après avoir été de fidèles alliés du ministre, tous deux avaient pris récemment leurs distances à son égard. A noter également la démission de Guido Westerwelle, à sa fonction de vice-chancelier.
Le SPD et les Verts profitent du moment
Du côté du SPD, on se réjouit. Andrea Nahles, la secrétaire générale du parti, parle d'une « situation merveilleuse » pour les sociaux-démocrates et les verts dans le Land de Baden Wurtemberg. Le fait que « die Grünen » se place devant le SPD n'est « pas un drame ». Même son de cloche chez Frank Walter Steinmeier, président du groupe parlementaire SPD, pour qui la possibilité d'une alliance vert-rouge est « sensationnelle ». « L'énergie nucléaire n'a pas de futur, c'est ce qui ressort clairement de ce vote », poursuit-il. Sigmar Gabriel, président du SPD, évoque un « vote populaire contre l'industrie nucléaire ».
Cem Özdemirn, le responsable fédéral des Verts, admet sa surprise quant à de tels résultats en Bade-Wurtemberg. Quand à la chef du groupe parlementaire du parti, Renate Künast, elle minimise l’effet Fukushima: « Les sondages en Bade-Wurtenberg étaient déjà bons avant».
Trois autres élections régionales auront lieu cette année en Allemagne pour permettre à la chancelière de faire volte-face à cette spirale de défaites: le 22 mai dans la cité-Etat de Brême, le 4 septembre dans le Mecklenbourg-Poméranie occidentale et le 18 septembre à Berlin. La tâche s’annonce difficile.
30.03.2011
Lenny Martinez
* CDU : Union chrétienne démocrate, au pouvoir au niveau fédéral en coalition avec les libéraux du FDP
** SPD : Sociaux-Démocrates
***Landtag : parlement local que possède chacun des 16 Länder (états-régions fédérés)