Le troisième Reich n’en finit pas de nous occuper. Tandis que Nicolas Sarkozy envisageait d’associer chaque élève de CM2 à la mémoire d’un enfant victime des persécutions nazies (notre cher président a-t-il, au préalable, fait le compte ?), quatorze collèges berlinois testeront de février à mai un projet pilote du Centre Anne-Frank : les élèves aborderont l’histoire du National socialisme par le biais d’une bande-dessinée, Die Suche, du dessinateur néerlandais Eric Heuvel. Les collégiens et professeurs interrogés ont accueilli l’idée avec enthousiasme. Cela amènera-t-il Monsieur Sarkozy à revoir sa copie ? Quant au peuple espagnol, il a depuis fin février tout loisir de replonger dans l’histoire nazie en musique et en danse, grâce au tout nouveau musical du compositeur Rafael Alvero : Le journal d’Anne Frank. En Allemagne, et ailleurs, ce musical crée la polémique : comment peut-on passer une soirée de « détente » avec une histoire aussi tragique ? Buddy Elias, le cousin d’Anne et président du fonds Anne Frank, s’insurge. On ne saurait lui en tenir rigueur. Car l’art à un aspect magique consistant à être souvent plus traumatique à recevoir qu’à produire. Ainsi, lors de la présentation de la version allemande des Bienveillantes au Berliner Ensemble, Jonathan Littell expliquait que pour l’écrivain, « le cadavre est une forme grammaticale ». C’est ainsi que Littell a été à même de décrire par le menu les atrocités commises par un bourreau nazi sans défaillir à chaque page. Je comprends. N’ai-je pas moi-même écrit l’histoire d’une femme qui s’extirpait l’œil avec une cuillère comme s’il s’agissait d’un escargot dans sa coquille, alors que je ne supporte pas de voir la moindre goutte de sang à l’écran ? Non, écrire ne provoque pas les mêmes images que lire, produire que recevoir. Reste à savoir si Max Aue, le héros des Bienveillantes, aimait le vin. Si oui, Venise aurait pu lui plaire. Au détour d’une rue rose, non loin du pont du Rialto où les gondoles débarquent les marchandises pour les magasins et les restaurants du coin, je suis en effet tombée sur une petite échoppe regorgeant de paquets de pâtes multicolores et de vins rouges. Là, j’ai découvert amusée les étiquettes des bouteilles : Jim Morrison, Bob Marley, Che Guevara… Mussolini et Hitler. Le gérant a accepté que je fasse des photos des bouteilles en échange de ma promesse d’en acheter une. Quand, après avoir terminé, je lui ai dit que finalement j’avais changé d’avis, il m’a demandé si je le prenais pour un con. Je lui ai répondu que oui. Il a menacé de casser mon appareil photo. Boire et photographier, il faut choisir.