Le 4 mai 2010 à 10h30, la chancelière souriante arrive à Alexanderplatz. Elle n'est pas là pour flâner, mais pour visiter l'exposition en plein air « la révolution pacifique 1989/90 » qui se tient sur la célèbre place berlinoise. Les organismes « Robert Havemann » (qui a recueilli les archives des opposants au régime de la RDA) et « Kultur Projekte Berlin » (projet culturel Berlin- fondation d'utilité publique pour la promotion de la culture) se sont associés pour proposer à tous, Berlinois, Allemands de l'est et de l'ouest, touristes, ou encore badauds errant sur ce lieu de passage, une exposition qui explique comment la chute du mur et de l'URSS ont pu avoir lieu.
La chancelière allemande exprime par écrit sa gratitude
La chancelière appelle les Allemands à ne pas oublier
Regardant les panneaux et les vitrines tout en écoutant les explications des commissaires d'exposition, Angela Merkel parcours les allées de l'exposition sous les yeux des journalistes. Un an après l'inauguration de l'exposition organisée pour les vingt ans de la chute du mur, la chancelière veut montrer par cette visite qu'il est important de commémorer les mouvements de contestations qui ont permis la réunification. Il ne suffit pas de fêter le 9 novembre, anniversaire de la chute du mur ou le 3 octobre, anniversaire de la réunification, il faut aussi rappeler que des hommes et des femmes ont œuvré auparavant pour cela en menant « une révolution pacifique ». Dans son discours, elle insiste sur cet aspect : « je tiens à rappeler que les mouvements de contestation constituèrent vraiment une révolution pacifique ». La chancelière venue de l'est n'insiste pas sur son passé vécu au sein de la RDA mais déclare simplement : « cette exposition m'a émue » et se dit heureuse que tant de personnes la visitent car elle « vaut le coup ». A l'issu de la cérémonie, Angel Merkel exprime sa gratitude en écrivant sur un panneau vierge : « Merci du fond du cœur à l'organisme Robert Havemann qui a eu le courage de cette exposition ; elle montre clairement à tous les visiteurs qu'il faut combattre pour la liberté et la démocratie. Merci du fait que nous puissions aujourd'hui tout naturellement vivre dans un pays libre ».
Les deux dernières années de la RDA : une contestation pacifique du régime
Inaugurée le 7mai 2009, à l'occasion du vingtième anniversaire de la dernière falsification d'un vote communal en RDA, l'exposition retrace sur 5 murs les étapes de la révolution pacifique qui a conduit à la chute du mur et à la réunification. Le dernier panneau montre les élections qui ont eu lieu dans l'Allemagne réunifiée en décembre 1990. On se focalise donc sur l'évolution de la liberté d'expression au sein de la société de la RDA.
L'exposition sera clôturée le 3 octobre, jour de la réunification. Comme les dates, le lieu de l'exposition, n'a pas été laissé au hasard. C'est en effet sur l'Alexanderplatz que quelques jours avant la chute du mur, qu'a eu lieu la plus grosse manifestation contre le régime de l'histoire de la RDA. Tom Sello, commissaire d'exposition et chef du projet déclare à Madame Merkel : « L'Alexanderplatz est le lieu le plus adapté pour se souvenir sur la durée de la révolution pacifique de 1989/90, grâce à sa situation centrale, mais aussi parce que c'est un lieu historique authentique. »
Cependant, les panneaux nous montrent aussi les mouvements contestataires dans les différents pays du bloc soviétique (Hongrois et les Tchèques fuyant vers la RFA...). L'exposition insiste toutefois beaucoup sur les contestations en RDA: les groupes organisés de Prenzlauer Berg (quartier berlinois de l'est), les artistes (chanteurs à textes, peintres, comédiens...), le mécontentement des étudiants, les grandes manifestations pacifiques... qui ont finalement emporté le régime soviétique.
Plus d'un million de personnes ont déjà visité cette exposition riches de 700 photographies et documents, 8 vitrines qui retracent l'histoire d'un tournant en Europe. Sur les petits écrans, on peu aussi voir des films d'archive des manifestations et des shows d'artistes dénonçant le régime. L'accent est mis sur les formes de contestation, mais la réaction du SED, parti communiste de la RDA, est aussi présentée. L'exposition montre très bien comment les mouvements de contestation au départ secrets se sont développés, jusqu'à ne plus avoir besoin de se cacher.
Cette exposition est originale car il est plus fréquent d'avoir des explications sur le bloc soviétique depuis sa création jusqu'à la chute du mur de Berlin et de l'URSS. L'exposition « la révolution pacifique 1989/90 » se concentre quant à elle sur une courte période : les deux années qui précèdent la fin du régime et elle permet ainsi de découvrir des détails sur l'enchaînement des événements, contestations et réactions du pouvoir communiste en place, qui ont conduit à la chute du mur et à la réunification allemande. Une exposition complète sur le sujet à ne pas manquer. La chancelière le dit elle même : « Afin de ne pas oublier, je vous recommande à tous, de l'est ou et de l'ouest, de visiter cette exposition ». Dans cette exposition dédiée à l'unification de l'Europe on ne peut faire qu'un seul reproche : que le plurilinguisme se limite à l'anglais.
Marie Passot
Informations pratiques :
exposition gratuite, ouverte 7/7j, 24/24 h
connexions : métro/trams/S-Bahn Alexanderplatz
langues: allemand, anglais
visite guidée tous les samedis à 13heures : 5€/personne. Possibilité de de réserver des visites sur différents thèmes (voir conditions et prix sur internet)
magazine de l'exposition « Wir sind das Volk » : 5€ en allemand et anglais
site internet : www.revolution89.de et www.kulturprojekte-berlin.de