Le débat sur l´intégration continue d'occuper l'actualité de la République fédérale. Après Horst Seehofer, ministre président de Bavière et chef de la CSU, qui avait déclaré que "le Multikulti -était- mort", la chancelière s'y met. Mme Merkel dont la formation est au plus bas dans les sondages tente en prévision des élections à venir de rassembler autour du malaise face aux échecs de l'intégration et lâche : "le Multikulti a échoué".

Donnant l'impression de se mettre au diapason des autres partis conservateurs européens* la chancelière se lance donc dans la polémique autour de l'immigration.
Samedi 16 octobre à Potsdam (Brandebourg) Mme Merkel a affirmé lors du congrès des jeunes de la CDU que le modèle tant prisé d´une Allemagne multiculturelle avait « totalement échoué ».
La chancelière fait de son mieux pour flatter les préoccupations croissantes au sein de son parti et dans l'opinion, et c´est sous une vague d´applaudissements qu´elle à déclaré que le modèle multiculturel allemand n´existait plus.
Ainsi les dirigeants chrétiens démocrates relèvent un de leurs thèmes favoris : l´intégration. Apres le président de Bavière, Horst Seehofer qui lui aussi affirmait que le modèle multiculturel était « mort » c´est la chancelière qui crée la controverse.

Depuis plusieurs semaines le débat sur fond d´intégration et d´immigration divise l´opinion publique au sein de la république fédérale. Déclenché par un pamphlet publié par un haut fonctionnaire de la Deutsche Bank, intitulé « l´Allemagne se défait » des politiciens de tout bord se mêlent du débat. Thilo Sarrazin, dans son ouvrage affirme que la mauvaise influence des immigrés musulmans pourrait conduire á « l´abrutissement » de l´Allemagne. Bien que la classe politique ait en majorité condamné les propos extrémistes de M. Sarrazin, certains commencent a y voir un argument populiste á exploiter. Une étude récente confirme qu'une majorité d´allemands sont sensibles à ces thèses.
Cette étude, publiée mercredi 13 octobre 2010, par la fondation Friedrich Ebert affirme que l´extrême droite et l´islamophobie sont profondément ancrés dans les mentalités de la classe moyenne. Les chercheurs Leipzigois, Olivier Decker et Elmar Brähler qui ont mené cette étude** parlent d´un tournant dramatique vers l´extrémisme. « L´année 2010 nous avons constaté une hausse importante des positions anti-démocratiques et racistes. » affirment-t-ils.
Selon l´étude plus de 50% des Allemands tolèrent mal les musulmans. Plus de 35 % estiment que l'Allemagne est "submergée" par les étrangers et 10 % que le pays devrait être dirigé "d'une main ferme" par un "führer".

« Nous n´avons pas besoin d´une arrivée extérieure additionnelle »

En mars auront lieu des élections dans le Land de Bade-Wurtemberg, et le candidat de la CDU est loin d´être le favori. Le parti de la chancelière perdrait une forteresse électorale qu´il tient depuis 57 ans. De quoi rendre nerveux les cadres du parti.
Il faut donc changer de stratégie et rassembler l´électorat autour d´idées populistes auquel il pourrait être sensible.
Le débat autour l´intégration semble être le bienvenu pour rassembler la base du parti. Comme le souligne le quotidien alternatif Die Tageszeitung. Il n'y a que lorsqu´elle s´éloigne de ses thèmes favoris, le rôle clé de son parti dans la réunification allemande, ou encore les succès historiques de la politique économiqueet qu´elle s´attaque a la question de l´immigration, qu´elle arrive á rassembler son parti. Et c´est ce qu´elle a fait lors de son intervention au rassemblement annuel de la Junge Union*** á Potsdam, samedi dernier. L´intégration multiculturelle serait un échec total en Allemagne martèle-t-elle.
La chancelière affirme que l´Allemagne n´avait pas besoin d´une « arrivée extérieure additionnelle », qui s´ajoute aux 2,2 millions de bénéficiaires du Hartz IV****. Puis elle a enfoncé le clou en appelant tout ceux qui n´accepteraient pas les valeurs chrétiennes de quitter la salle.
A l´ analyse des différents discours politiques d'Angela Merkel, on s´aperçoit cependant vite du positionnement idéologique indécis qu´elle défend. Devant la Junge Union elle fustige le modèle multiculturel allemand, pour reprendre plus tard la formule de Christian Wulff, affirmant que l´islam fait aussi partie de l´Allemagne.
Apparemment la chancelière n´a pas encore décidé si il fallait s´en tenir au status quo habituel de sa politique ou s´il fallait prendre la voie du populisme.

Julius Tweer + RPG

*Le Parti Populaire Européen (EPP), parti chrétien démocrate au parlement européen, réunit les principaux partis de droite des pays membres de l´UE, de l´UMP en France, le PdL de Silvio Berlusconi, ou CDU en Allemagne.
** Cette étude qui ne présente pas une très grande représentativité objective de la population allemande, a été menée par USUMA (Berlin). Basée sur une palette de 2411 personnes âgés de 14 á 90 ans elle a été conduite á travers un questionnaire généraliste, pour relever les niveaux d´approbation a chacune des « 6 dimensions » de l´extrême droite, selon les théories développées á l´origine par Theodor W. Adorno dans The Authoritarian Personality : sympathisant a une dictature, nationalisme, haine de l´étranger, antisémitisme, darwinisme social, négationnisme. En plus de données sociodémographiques de base ont été pris en compte, des aspects comme l´éducation, la qualité de vie et le positionnement face a la démocratie ainsi que des extrémismes spécifiques tels que l´islamophobie.
(Source: http://library.fes.de/pdf-files/do/07504.pdf)
***La Junge Union : parti des jeunes militants chrétien-démocrates
****Hartz IV : équivalent du RMI/RSA français