« Donnez aux personnes qui créent ce que vous aimez,
Et recevez des personnes qui aiment ce que vous créez. »
Le nouveau mécanisme de remuneration créé par le site suédois Flattr établit une distinction entre consommation et appréciation. Désormais le simple consommateur de contenus internet pourra montrer son appréciation et son soutien : une nouvelle étape vers un "mécénat global"?
Depuis ses débuts Internet est basé sur une gratuité sans faille et un accés illimité. Mais aprés les récentes fermetures de journaux aux Etats-Unis et la crise qui touche l'industrie du cinema et du disque, se pose la question de la remunération des contenus. Car Internet souffre d’un problème récurrent: il n’existe pas de moyen simple de payer pour un contenu en ligne. Le don de quelques centimes virtuels pour une page web intéressante est techniquement et financièrement impossible sans avoir mémorisé des informations personelles, fourni ses données de carte bancaire ou créé un compte spécifique.
Désormais le mécanisme créé par le site suédois Flattr permet aux internautes qui le souhaitent de contribuer à un "fond commun" et de voter pour les œuvres qu'ils souhaitent rémunérer, et aux créateurs ou éditeurs qui le souhaitent, d’adhérer à Flattr pour prétendre à un financement sans avoir à adhérer ou a quitter une société de gestion collective traditionnelle (maison de production, éditions, etc.).
Ce mécanisme est ouvert à la fois aux créateurs qui proposent leurs œuvres sous licences libres et á ceux qui souhaitent conserver leurs droits exclusifs. Ce concept se rapporte donc aux internautes qui choisissent de financer eux-mêmes les créateurs et les projets qui les intéressent, en versant une somme mensuelle de leur choix.
Le premier à utiliser Flattr en Allemagne est un journal national le TAZ. Celui-ci a souscrit a Flattr en Juin. Selon les chiffres publiés sur son site, dés le premier mois le benefice engrangé serait de 1450 euros.
« Beaucoup de ruisseaux forment un fleuve »
L’idée d’origine autour de Flattr est suédoise. Le mot vient du verbe « to flatter », flatter en anglais, combiné à « flat rate », connexion illimitée á taux fixe. L'idée serait de permettre aux internautes qui le souhaitent, de payer une somme mensuelle de leur choix qui sera par la suite partagée entre tous types de créateurs au fil de leur navigation sur Internet.
Flattr est un mécanisme de micro-paiements lancé en mars 2010 par les suédois Peter Sunde et Linus Olsson. M. Sunde est aussi le fondateur présumé de la plateforme d’échange gratuit „Pirate Bay“. Le fait que ce soit le créateur de ce site controversé de liens de téléchargement gratuit qui propose de créer une solution à la rémunération de la création sur Internet semble plutôt ironique. Mais Peter Sunde indique que le but du projet serait de favoriser le libre échange de données, dans l'esprit de la Pirate Bay, mais combiné cette fois à une certaine rémunération, libre elle aussi.
« L’argent que vous versez chaque mois sera réparti d’une manière égale selon les sites sur lesquels vous cliquez durant un mois. Nous voulons encourager les gens à partager de l'argent ainsi que du contenu » affirmait Peter Sunde à la conférence « Republica» de Berlin, où il présentait son système de micro-paiement en ligne en Avril 2010.
Concrètement, pour participer à Flattr, il faut tout d’abord décider de la somme exacte que l’on décide de payer. Puis le transfert se fait par le procèdé habituel, par carte bancaire. Le minimum étant de 2 euros mensuels; selon Flattr une somme inferieure ne serait pas rentable pour les utilisateurs en raison des charges de virement. Pour ensuite distribuer cette somme il suffit de cliquer sur le bouton Flattr en bas des pages appréciées (si celles-ci ont un compte Flattr). A la fin du mois l’argent est partagé : « toutes les quatre semaines l’argent versé sera partagé aux créateurs des pages appréciées », affirme M. Sunde à la BBC britannique.
Par exemple un internaute qui verse 2 euros a Flattr et exprime son appréciation en cliquant sur 40 articles, verse ainsi une somme de 5 centimes au détenteur des droits d’auteur de cet article. Ce système offrira donc la possibilité aux consommateurs d’exprimer leur estime à un artiste, un créateur ou à un bloggeur de son choix, à travers le bouton Flattr. A coté de chaque bouton Flattr apparaitra le nombre de fois qu’il a été cliqué. Et par ce biais Flattr permettra aussi de fournir une certaine statistique d'"appreciation".
Selon les mots de Linus Olsen, Flattr veut mener les internautes à "partager de l'argent, de simples connaissances ou de l'amour." En d'autre motsce nouveau système crée finalement une distinction entre consommation et appréciation.
Comment ça marche?
Peter Sunde
Flattr fonctionne sur un système de clics. Plus le score est haut, plus la rémunération augmentera. Mais le fait que chaque membre de Flattr parte avec un montant précis qui sera divisé en autant de clics enregistrés devrait inciter les internautes à ne pas cliquer n'importe comment et à financer uniquement les projets à leurs yeux plus convaincants.
Plus il y a d'abonnés à Flattr qui cliquent au bénéfice d'un même créateur, plus les petites sommes s'additionnent et forment une somme qui peut s'avérer intéressante. Les créateurs sont donc encouragés à créer des œuvres de qualité qui vont leurs apporter le plus de clics, tandis que l'internaute peut "consommer" des œuvres de manière illimitée sans dépenser plus que le budget qu'il s'est accordé lui-même.
Selon les critiques de certains internautes et bloggeurs les frais administratifs de 10% qui sont perçus par Flattr, semble relativement hauts à premier abord. Mais selon le porte-parole du site, ce pourcentage n’est que provisoire et devrait décroitre progressivement en fonction de la croissance du nombre d’utilisateurs.
Tous les détenteurs de droits doivent également avoir un compte Flattr ; ainsi les frais d’administration peuvent être maintenus à 10% du montant des transactions. Car si la rémunération s’effectuait a travers un payement PayPal ou Click&Buy spécifique a chaque article, ces frais seraient beaucoup plus élevés.
Il ne faut pas oublier que la plupart des organisations caritatives religieuses, encaissent des charges administrative, aussi appelés frais de fonctionnement, qui vont jusqu’á 35% du montant de la donation. Donc si l’on considère les payements par Flatr comme des dons, et le service de ce site comme une action intermédiaire, ces frais administratifs semblent compréhensibles.
Le cofondateur de Flattr, Linus Olsen, interrogé par La Gazette de Berlin, affirme que l'objectif premier de son projet "n'est pas de gagner de l'argent", mais il rajoute que si Flattr obtient le succés espéré "cela rapportera beaucoup d'argent." Selon Olsen "le fait de créer quelque chose que les gens apprécient et veulent utiliser, génère une richesse á tout les niveaux."
Les précédents
Pendant que Peter Sunde songeait à la naissance de son service de micro-paiement, un autre site web, relativemant différent de Flattr, était sur le point de fermer, le site du Mécénat Global.
L’idée de base de ce site entraînait l'obligation pour les internautes de payer un financement de la culture á travers leur abonnement à Internet, et l'obligation pour les sociétés de gestion collective de participer au système.
Ce site du « Mécénat Global » avait aussi cré le concept d'une « société d'acceptation et de répartition des dons » (SARD) pour le financement de la culture. Cette idée plutôt idéaliste prônait un système de financement culturel basée sur un mode purement volontaire à tous les niveaux.
De plus le modèle de Peter Sunde rappelle une proposition défendue par le SPD et les partis Grüne et Linke, d’introduire une « redevance culturelle » (Kulturflatrate*) en Allemagne, pour permettre de trouver une alternative financière au téléchargement de fichiers internet, jusqu’ici illégal. Le problème qui se posait alors était celui du partage des fonds, problème que Flattr contourne facilement en créant ses boutons d’appréciation du contenu.
À la différence de la « kulturflatrate » qui serait une redevance obligatoire, Flattr est basé sur un volontariat complet.
Comment peut-on participer à Flattr?
En Allemagne le premier à avoir introduit ce système sur son site est le quotidien alternatif « die Tageszeitung ». A la manière d'un bouton Facebook ou du compteur Twitter que vous trouvez au dessous de chaque article, un compteur Flattr est désormais intégré et pourra être activé d'un clic par chaque abonné à Flattr.
Ce modèle d’un micro-payement social est souvent qualifié de don, mais en l’occurrence il s’agirait plutôt d’un payement effectif, vu que pour un payement avec Flattr l’utilisateur a au préalable reçu une contrepartie réelle, le contenu de la page web.
Depuis peu le site d‘information Wikileaks**, lui aussi suédois a décidé de rejoindre le projet créé par Peter Sunde. Les responsables du site affirment que ce serait « la meilleure solution pour une source financière régulière et stable, sans pour autant se retrouver avec un financement étatique ou provenant d'une société privée. »
En fin de compte le concept de Flattr présuppose que la participation financière, volontaire à une consommation théoriquement gratuite se démocratise.
Reste à voir si les mentalités sont prêtes pour que le financement volontaire se multiplie et que passage d’une société de consommation à une société d’appréciation se concrétise…
La Gazette de Berlin est sur le point de se dôter du systéme Flattr.
Julius Tweer
*Le Mécénat Global est une proposition destinée à fournir une solution au problème du financement des auteurs des œuvres téléchargées sur Internet. Le principe du mécénat global est que chaque internaute verse de manière obligatoire une certaine somme d'argent, cette somme n'est ni une redevance, ni une taxe, et est versée au Fournisseur d' Accès Internet (FAI). Cette somme est ensuite reversée aux sociétés de gestion des droits d'auteur (SPRD).
**Wikileaks est un Site Web de ressource et d'analyse politique et sociétale, à la fois ouvert et sécurisé, dont la raison d'être est de donner une audience aux fuites d'informationen provenance notamment « des régimes d'oppression en Asie, l'ancien bloc soviétique, l'Afrique sub-saharienne et le Moyen-Orient » (tout en protégeant leurs sources).