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   21.05.2013 
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Départ le 9 octobre 2010 de l'équipe de Turquie au lendemain de sa défaite (3 à 0) face à l'Allemagne (©Souleïmane Présent)


Jeune, talentueuse et surtout multiculturelle. Tels furent les qualificatifs employés pour décrire l’équipe nationale allemande de football lors de la dernière coupe du Monde. Pour la première fois, 11 des 23 joueurs sont nés hors d’Allemagne ou d’origine étrangère (voir encadré). Parmi eux certains ont la double nationalité, comme le germano-turc Mesut Özil qui a choisi de jouer pour la Deutsche Mannschaft. A ce titre, il fait pourtant office d’exception.

 


1 de perdu, 10 de retrouvés ? Ce n’est pas vraiment le dicton employé par la fédération allemande de football (DFB(1)). Un à un, les talents footballistiques s’échappent de leur pays d’adoption pour rejoindre la terre de leurs ancêtres : la Turquie. Bastürk, Umit Davala, Ilhan Mansiz, et les frères Altintop : tous sont nés en Allemagne, mais ont décidé de jouer pour la Milliler(2). Et quand pour finir le milieu de terrain Nuri Sahin (Dortmund) choisit en 2008 de porter lui aussi la tunique rouge et blanche, les dents commencent à grincer. D’autant plus que ce phénomène ne touche pas que les sportifs : de plus en plus de jeunes diplômés repartent travailler à Ankara.

Ici, la problématique des bi-nationaux en football concerne en particulier la minorité turque. Rien d’étonnant, puisque celle-ci constitue la plus large population d’origine immigrée outre-Rhin. Une communauté qui reste très attachée à son pays d’origine, et réciproquement. La fédération turque de football (TFF) a ainsi développé une intense politique de recrutement chez les jeunes joueurs turco-allemands. Elle avait ainsi repéré Sahin lorsqu’il n’avait que 14 ans et se bat actuellement pour attirer Ilkay Günodgan (Nurenberg, Espoirs d’Allemagne) dans ses filets. Beaucoup finissent par rallier le Bosphore, mais certains prennent un autre chemin.

 




Mesut Özil lors d'un entraînement pour le Werder Bremen, 23.04.10
©Benjamin Radzun

Droit du sang, droit du sol, droit du football

Né à Gelsenkirchen, de parents turcs vivant depuis longtemps en Allemagne, Mesut Özil tranche officiellement en 2006. Dans une lettre adressée à la TFF, il décline l’invitation à jouer pour la Millimer, au profit de la Deutsche Mannschaft. «Il n'y avait pas d'autre choix à faire pour moi que l'Allemagne, explique-t-il. J'ai grandi ici, j'ai joué dans toutes les sélections de jeunes allemandes, je me sens bien dans cette équipe et je suis très fier d'en faire partie». Ce discours ne fait pourtant pas l’unanimité. Au moment de sa décision, le jeune prodige du ballon rond a reçu de nombreuses menaces de mort de la part de supporters turcs. Par ailleurs, certains de ses pairs critiquent ce choix. Pour Hamit Altintop (Turquie/Bayern Munich), Özil a priviliégié sa carrière footballistique à son attachement culturel. « Le football est parfois une affaire de sentiments, mais bien plus souvent de business, explique-t-il dans le Süddeutsche Zeitung. S'il [Mesut Özil] avait choisi la Turquie, il n'aurait pas joué la Coupe du monde et ne serait pas au Real Madrid, c'est aussi simple que cela”(3). Özil et Altintop ont pourtant des parcours similaires : fils d’émigrants turcs, l’un se considère allemand parce qu’il a toujours vécu là, l’autre se sent turc parce que “mes parents sont venus de Turquie”. C’est pour lutter contre ce sentiment de non-appartenance au pays, qu’en en 2000 le code de la nationalité est modifié. La République fédérale introduit le droit du sol : quand auparavant seule une personne d’ascendance allemande pouvait briguer la nationalité (sauf démarches longues et exceptionnelles), il suffit dorénavant de naître sur le territoire. Mais la demande de naturalisation a posteriori reste faible. La décision de Mesut Özil, ainsi que celle de Serdar Tasci (voir encadré) ouvre-t-elle la voie à d’autres jeunes d’origine turque ? C’est en tout cas ce qu’espère la fédération allemande.


Sans quotas

Cette fois, la DFB ne se fera plus avoir. Fière de son équipe multiculturelle, consciente que les minorités sont aussi viviers de talents footballistiques, elle lutte désormais pour conserver ses joueurs. «Nous devons procéder avec ces jeunes avec beaucoup d’attention. Un sélectionné doit s’identifier à l’Allemagne et décider de jouer pour notre pays de son propre chef. Autrement, il se sentira toujours exclu dans son environnement culturel et dans son sport», expliquait Ulli Stilieke l’entraîneur de la sélection des moins de 20 ans en 2006. Une approche psychologique d’orientation et de discussions a donc été mise en place ; plutôt que d’éviter les binationaux, comme préconisé en France, l’idée est de les convaincre de rester. « Nous nous battons naturellement pour ces joueurs. (…) Mais si un joueur se décide autrement, nous devons l’accepter », martèle Matthias Sammer, Directeur des Sports de la DFB.

Pour Daniel Cohn-Bendit, il faut attendre encore quelques années pour les effets de la réforme du code de la nationalité se fassent sentir sur la sélection. Mais « en attendant les mentalités sont en train de changer, les jeunes immigrés commencent à rêver de jouer pour l’Allemagne ». Effectivement : les Espoirs Malik Mathi (de père turc), Gonzalo Castro (de parents espagnols), Ioannis Masmanidis (d’origine grècque) ou encore Nando Rafael (arrivé d’Angola), tous ont choisi pour leur futur, l’Allemagne.

 

Leïla Boutaam

12.05.11

 

(1) DFB, Deutscher-Football Bund, la fédération allemande de football

(2) Millimer : surnom de l’équipe nationale de Turquie

(3) Ce n’est pas tout à fait vrai : Sahin et Hamit Altintop lui-même viennent de signer au Real Madrid


Composition de l’équipe nationale allemande 2010 :

Cacau, Brésilien naturalisé allemand 
Mesut Özil et Serdar Tasci, fils d'immigrés turcs 
Sami Khedira, de père tunisien 
Marko Marin, né en Bosnie 
Dennis Aogo, d'origine nigériane 
Jérôme Boateng, d'origine ghanéenne 
Miroslav Klose, Lukas Podolski et Piotr Trochowski, d'origine polonaise 
Mario Gomez, de père espagnol 








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