Immenses squats d’artistes, friches industrielles, terrains vagues en plein cœur des quartiers chics de la capitale : les lieux décalés prolifèrent à Berlin. Ils lui donnent cette spécificité dont sont privées toutes les autres grandes métropoles européennes qui peinent à loger leur population croissante. Pour découvrir les plus beaux trésors que nous offrent ces espaces semblant coupés du temps, le bouche à oreille est de rigueur. C’est ainsi que l’on entend parler, par exemple, d’un hôpital abandonné, perdu dans la forêt et situé non loin de Berlin : Beelitz-Heilstätten. Comment alors résister à l’envie d’aller y faire un tour?
À la gare de Beelitz-Heilstätten, pas un chat, aucune indication touristique, seules quelques voitures garées sur un parking en gravier. Comment se repérer dans cette ville fantôme? Après quelques hésitations, l’on choisit finalement de se laisser guider par les sentiers forestiers. C’est là que l’on réalise petit à petit que l’hôpital que nous cherchions est en réalité le site entier lui-même. Derrière les pins apparaissent l’un après l’autre des bâtiments en brique, des tunnels métalliques, des tours et des caves. Les vestiges de Beelitz s’offrent à nous à chaque bosquet. Ne reste qu’à revêtir son costume d’explorateur de partir à la recherche d’un soupirail pour pénétrer dans ces lieux mystérieux.
Naissance d'un géant
En 1898, l’Institut national d’assurance des ouvriers de Berlin décide de construire un sanatorium pour tuberculeux à Beelitz-Heilstäten, village situé à 45 minutes de la capitale. Il devient rapidement l’un des plus grands complexes hospitaliers de la région. En 1902 se termine la première phase de construction du site sous la direction des architectes Schmieden Heino et Julius Boethke. De 1908 à 1910, une seconde phase de construction doublera le nombre de dortoirs disponibles. Aujourd’hui le site s’étend sur 200 hectares et est composé de plus de 60 bâtiments, ce qui en fait l’un des plus grands sanatoriums au monde. D’énormes cuves et chaufferies désaffectées mais également des centaines mètres d’arceaux métalliques rappellent l’utilisation initiale de la zone. En effet, comme il était important que les patients séjournent au grand air, les architectes avaient prévus des galeries, des passages couverts, et de grandes arrivées d’air chaud à l’intérieur des bâtiments conduits par des kilomètres de couloirs sous-terrains. Ces structures historiques organisent encore aujourd’hui l’espace abandonné.

Un roman historique grandeur nature
La première fonction du complexe a pourtant vite été remise en cause par l’éclatement du premier conflit mondial. L’hôpital accueille, dès 1914, les soldats de l’armée impériale allemande blessés sur le front. En 1916, Adolf Hitler y séjournera pour soigner sa jambe.
L’armistice signée, les établissements passent sous le contrôle de la République de Weimar. Les lieux sont à nouveau agrandis et constituent désormais une annexe à l’hôpital de Postdam notamment pour les patients atteints de maladie pulmonaire. L’annexion de l’Allemagne de l’Est par l’U.R.S.S en 1945 rend à Beelitz-Heilstätten sa fonction d’hôpital de guerre, mais cette fois-ci soviétique. Le lieu restera aux mains du pouvoir russe jusqu’en 1995, soit bien après la chute du mur de Berlin et la réunification allemande. C’est ainsi qu’en se promenant dans les décombres du site, l’on retrouve de nombreux documents rédigés en russe et inscriptions en alphabet cyrillique gravées dans la pierre.
Dans les années 2000, une tentative de rénovation est organisée pour remédier aux graves endommagements qu’a subi le site durant le second conflit mondial. Malheureusement le manque de moyens et l’insolvabilité du propriétaire des lieux conduiront à l’abandon du projet. Aujourd’hui, si le complexe reste livré à lui-même et que la nature semble avoir repris ses droits sur ces constructions, son architecture si spécifique en fait un lieu prisé par les photographes et les productions cinématographiques. Une partie du tournage du « Pianiste » de Roman Polanski sera notamment réalisé entre ses murs.
De plus en plus de curieux viennent également se perdre dans ses couloirs, chambres et passages, fascinés par leurs atmosphères de films d’horreur. La gazette de Berlin vous propose de découvrir à travers un reportage photographique ces lieux chargés d’histoire.
Coralie JACQUIER
le 27/06/11













