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 Le 15 octobre au soir, ce sont plus de 200 "Indignés" qui ont tenté de camper devant le bâtiment du Reichstag qui abrite le Bundestag. Le parlement incarne la souveraineté populaire dans la capitale fédérale.
Photo: Marion Muracciole / La Gazette
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Samedi 15 octobre, de New York jusqu’à Madrid, 981 villes ont répondu à l’appel des « indignés » à manifester. A Londres, la City a été occupée. A Rome, des violences sont survenues en marge de la mobilisation. En Allemagne, l’appel a été entendu dans plusieurs villes, mais peu suivi. Seules deux grandes manifestations ont eu lieu à Francfort (siège de la Banque Centrale Européenne) et à Berlin.

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 Fresque représentant l'auteur d'Indignez-vous: Stéphane Hessel, à St Romain au Mont-d'Or (Rhône Alpes, sud-est de la France)
Photo: Adobe of Chaos
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Un an d’indignation
Il faut que « les peuples se lèvent pour revendiquer leurs droits et réclamer une vraie démocratie » explique le manifeste du 15 octobre. Le mouvement des « Indignés » est surprenant par sa longévité et son ampleur. En un an, ce mouvement contestataire a trouvé sa place dans le débat public. Pour preuve, récemment le président des Etats-Unis Barack Obama a affirmé publiquement qu’il comprenait les revendications des manifestants occupant Wall Street.
On fait débuter le mouvement des Indignés en Espagne, où de nombreux jeunes ont occupé à partir du 15 mai 2011 et pendant plusieurs jours la place centrale de Madrid. Les jeunes Espagnols connaissent deux fois plus de chômage que le reste de la population. A l’origine de ces manifestations, un petit texte de Stéphane Hessel « Indignez-vous » et l’exemple des révolutions arabes.
Très vite, les revendications deviennent globales. Les manifestants assurent ressentir un vrai ras-le-bol du système. C’est une critique globale de la place de la finance dans notre monde et des vagues de mesures d’austérité submergeant l’Europe. Grâce aux réseaux sociaux, les « Indignados » réussissent à se fédérer. Malheureusement, certains observateurs estiment que le mouvement souffre d’un manque de leadership et se perd dans des avis trop hétérogènes.

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 A New-York, des manifestants défilent dans Wall Street. Sur la pancarte à droite, le slogan repris par les manifestants berlinois le 15 octobre: "We are the 99%". Sur le site du mouvement Occupy Wall Street, le slogan trouve son explication: « Nous sommes les 99% qui ne tolèrent plus la rapacité et la corruption du 1% restant »
Photo_ carwil.
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Berlin s’indigne en chantant
A Francfort, samedi 15 octobre, la manifestation a marché jusqu’au siège de la BCE, symbole de la financiarisation de l’économie. Le leitmotiv de la journée : une vraie démocratie (« echte Demokratie »). Bien que le mouvement se veuille apolitique et anti-partisan, l'hebdomadaire de centre-gauche Die Zeit remarque que les politiques essaient de récupérer le mouvement, « le SPD, les Verts et la Gauche (Die Linke), mais aussi des politiques de la CDU affichent leur sympathie envers les manifestants ».
A Berlin, une marche à travers la ville a eu lieu jusqu’au Reichstag, où siège l’assemblée parlementaire. Plus de 5000 manifestants ont protestés, joyeusement et en musique, contre le pouvoir des banques tout en appelant à un « changement global ». Menant le cortège, une camionnette entièrement décorée de drapeaux et de guirlandes diffusaient de l’électro aux manifestants déguisés qui dansaient et hurlaient des slogans, dont le célèbre « nous sommes les 99% », né lors de l’occupation de Wall Street.
Dany, un Norvégien de 23 ans aux habits bariolés explique que s’il est ici c’est pour donner suite à la révolution d’Egypte. Il dit avoir honte de venir d’un pays, pourtant souvent cité comme exemplaire, mais qui selon lui se fait de l’argent sur le dos du peuple en vendant des armes et des hydrocarbures. Il souhaite que le mouvement devienne une vraie révolution mondiale. Arrêté devant le Reichstag, la camionnette colorée organise une prise de parole. L’assemblée applaudit lorsqu’un homme intervient, expliquant qu’il vient directement de New York. Il explique à l’auditoire une méthode appliquée là-bas. Lors d’un discours, les phrases doivent être courtes et répétées par tous ceux qui l’ont entendu, afin de rendre l’intervention audible par tout le monde. Cette méthode aura beaucoup de succès et sera utilisé jusqu’à la fin de la journée.
« Enfin ! » commente Carl, 67 ans, militant du parti La Gauche. « Il était temps ! Je ne sais pas si il y aura une révolution, mais je suis heureux que les peuples se réveillent ». Selon lui, le principal problème est le capitalisme. Peu constructifs, les débats de ce samedi après-midi restent flous mais s’unissent autour du même thème, l’anti-capitalisme.

La police empêche tout campement
A 19h, un concert gratuit avait lieu sur Mariannenplatz, en soutien à la manifestation. En fin de journée, 200 manifestants décident d’organiser un camp devant le Reichstag. « Cette maison du peuple est notre maison ! » scandent les indignés berlinois. En octobre, l’est de l’Allemagne connaît déjà des températures plutôt basses. De grosses couvertures ont été apportées, le sol a été tapissé de cartons. A l’exemple de ce qui se passe le même soir à la City de Londres, la volonté est de rester toute la nuit et même plusieurs jours devant ce bâtiment symbolique.
Malheureusement, la police ne le voit pas du même œil. Pendant plusieurs heures des négociations ont lieu entre manifestants et policiers. Entre temps, un vrai système de ravitaillement solidaire se met en place. Boissons chaudes, Brötchen (petits pains) et fromages circulent dans l’assemblée pour préparer la nuit. Il est minuit lorsque les policiers décident de commencer à évacuer la place. « Nous restons ici ! » hurlent les manifestants, « nous sommes pacifistes, et vous ? » lancent-ils en direction des policiers. L’évacuation a eu lieu dans l’excitation mais sans heurts ou réelles violences de part et d’autre. Les policiers allemands ont, au moins ce soir là, sûrement été plus "pacifistes" que les services d'ordre français, qui semblent rarement hésiter devant l'utilisation de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants un peu trop tenaces.
Moins impliqué que dans d’autres pays, peut-être parce que moins touché par la crise économique, le mouvement des indignés allemand a tout de même souhaité affirmer son soutien à un mouvement planétaire qui semble vouloir perdurer. Les Indignés veulent proposer des voies alternatives au capitalisme financier. Ils veulent redonner espoir aux peuples plongés dans la crise, et ça fait du bien.
Loïc Boissieu
19.10.2011

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Crédit photos: Marion Muracciole / La Gazette
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