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Garagiste français à Berlin

   18.05.2013 
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Photo: Marion Muracciole / La Gazette

"Et si on vivait tous ensemble" sort en France avant de sortir en Allemagne. Guy Bedos au cœur de cette comédie franco-allemande est aussi actuellement en tournée avec son seul-en-scène d'adieu. Par ailleurs un coffret DVD vient de paraître. Guy Bedos est venu pour la première fois à Berlin. L'artiste dont Jacques Attali dit qu'il "le méprise" n'est pas avare non plus en franc parler. Rencontre avec un papy qui fait de la résistance et ne compte pas renoncer à sa liberté de parole façon gauche couscous...

 

 

Que cinq amis décident d'emménager ensemble, cela s'est déjà vu. Mais que ces cinq là soient tous septuagénaires et abritent un jeune thésard allemand, qui prend leur communauté comme sujet d'étude, est déjà plus intrigant. De la sexualité chez les personnes âgées à la relativité de la vieillesse, du cancer à la maladie d'Alzheimer, Et si on vivait tous ensemble aborde de manière fine et émouvantes des questions plus que jamais d'actualité.

 

L'équipe de cette co-production franco-allemande est à l'image du film: drôle et touchante. Le célèbre acteur berlinois Daniel Brühl se fond en véritable ethnologue au milieu de tous ces enfants quelque peu ridés que sont Claude Rich, vieil angelot charmeur et terriblement sexué, Guy Bedos, d'un seul bloc et révolté, Géraldine Chaplin tantôt fragile tantôt pleine de vigueur, Pierre Richard, très lunaire, et Jane Fonda, drôle et bouleversante.



La Gazette: Nous sommes à Berlin, quel est votre rapport avec l'Allemagne?

 

Guy Bedos: J'ai visité tout Berlin ce matin. Je suis un peu accablé. Je suis allé partout. Sur les traces du mur notamment. Ça m'a foutu un cafard terrible. Je suis né en 1934. De mon Algérie natale, j'ai suivi la guerre de loin. De loin et de près, parce qu'il y avait la guerre en Tunisie et je vivais à la frontière algéro-tunisienne. Je trouvais les Allemands très attachants, parce que je les voyais prisonniers, sans lacets à leurs chaussures, et comme je suis toujours du côté du plus faible, j'avais tendance à m'émouvoir. Néanmoins, j'avais un beau-père, le mari de ma mère, qui était carrément hitlérien. Il était assez violemment d'extrême droite, et il avait quand même un peu contaminé ma mère. Cette histoire d'extrême-droite a pour moi une forte connotation guerrière. Mais j'ai grandi depuis. J'ai vu les films de Fassbinder, j'ai des amis allemands... Je ne tomberai pas dans le travers de M. Montebourg.




Fin novembre 2011, Arnaud Montebourg a évoqué la "politique à la Bismarck de la chancelière madame Merkel"

La Gazette: À propos de la phrase d'Arnaud Montebourg, vous pouvez rebondir?

 

Guy Bedos: Ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux. Il n'est pas antipathique, mais comparer Mme Merkel à Bismarck, ce n'était peut-être pas une urgence. Je ne la trouve pas antipathique, Mme Merkel... Pas plus que notre président en tout cas!

 

La Gazette: Vous étiez déjà venu à Berlin?

 

Guy Bedos: Non, jamais. Je suis allé à Vienne plusieurs fois et je réalise en étant là, que j'avais toujours hésité à venir à Berlin.

 

 

La Gazette: Une hésitation liée à l’histoire donc?

 

La guerre est finie, et la génération d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec ce qui s'est passé. Mais pour des gens de ma génération, Berlin, c'est inévitablement lié à la tragédie du XXe Siècle. Et je suis maintenant délégué de la ligue des droits de l'homme en France. Vous voyez, je reviens de loin.

J'ai été sauvé par une personne qui m'avait recueilli à la campagne car je n'étais pas très désiré par mes parents, qui m'avaient mis en pension. Cette dame m'a appris les Droits de l'homme quand j'avais sept ans.

 

La Gazette : Et l'humour allemand, ça vous parle?

 

Guy Bedos: J'ai joué La Résistible Ascension d'Arturo Ui de Brecht.

Comme j'ai beaucoup travaillé sur le personnage d'Hitler que j'interprétais, ça m'a remué..... J'ai vu il y a peu de temps deux films "Apocalypse Hitler" fait par deux documentaristes excellents, qui raconte plus ou moins l'ascension d'Hitler, la vraie, pas celle que Brecht a raconté. Je trouve que l'Allemagne a beaucoup souffert, d'abord du nazisme, et puis du communisme. Enfin d'un certain communisme. Le Mur, ce n'est pas rien.


La Gazette: Il y a un acteur beaucoup plus jeune que les autres, et qui est allemand aussi, Daniel Brühl. Comment ça s'est passé?

 

Guy Bedos: J'adore ce garçon. Je le trouve adorable dans la vie, et excellent comme acteur, dans le film notamment. Nous étions ensemble avec Daniel au festival de Locarno. L'année dernière, j'ai donné une fête pour mon anniversaire, au moment où nous tournions avec toute cette bande de vieux gamins que sont Jane Fonda, Géraldine Chaplin, Claude Rich, Pierre Richard... C'était délicieux ce tournage.

 

La Gazette : Ça s’est donc très bien passé avec le réalisateur Stéphane Robelin ?

 

Guy Bedos: Oui, ce jeune metteur en scène et auteur du film est délicieux. C'était tout ce que j'aime dans le cinéma. Stéphane est pour moi le petit fils de Jean Renoir. Avec Claude Rich, j'ai eu la chance de tourner Le Caporal Épinglé, à Vienne, il y a longtemps. Renoir était un homme qui avait toute cette bienveillance, cette délicatesse. Robelin est de cette école là. Je déteste l'esprit de hiérarchie. Et là, il y avait une sorte d'harmonie dans cette troupe, techniciens, maquilleuses, habilleuses, etc. et nous tous, les acteurs. On s'entendait tous très bien et je pense que ça se voit sur l'écran.




La Gazette : Votre personnage n’est pas vraiment un rôle de composition…

 

Guy Bedos: Oui, effectivement le personnage me ressemble tout à fait. Il y a aussi des bouts de dialogues que j'ai écrit et que j'ai proposé à Stéphane, et qu'il a accepté volontiers.

 

La Gazette: Dans le film, les personnages sont âgés, et cherchent des solutions pour vivre leur vieillesse de la plus belle manière possible. Le grand âge, c'est quelque chose qui vous préoccupe?

 

Guy Bedos: Je n'ai pas de problématique du grand âge, parce que je me sens jeune. Mais dans dix ans, quinze ans ? je vois ça résolu par la mort. Je mourrai quand je voudrai. Et je n'obéirai ni à Dieu, ni à personne.




"Le jour et l'heure", livre-testament pour Bedos

La Gazette: Vous ne croyez pas qu’avec le temps on a tendance à repousser les limites de l’acceptable ? Que l'on se raccroche pas à des petits plaisirs?

 

Guy Bedos: Si bien sûr. Pour l'instant, je me raccroche à mes amours, à mes amitiés, à mes enfants, à ma femme, à tous ceux que j'aime. Mais je ne leur imposerai pas de spectacle dégradant, comme le font Jacques Chirac ou quelques autres. C'est presque de la coquetterie chez moi. J'ai décidé de ne supporter ni la maladie, ni la souffrance, ni la vieillesse qui est une maladie.

 

La Gazette: Pensez-vous que nous sommes toujours à même de sentir le moment où ça ne va pas?

 

Guy Bedos: J'ai écrit un livre, qui s'appelle Le jour et l'heure, qui vaut testament. J'ai déjà choisi le médecin qui me fera la bonne piqure. C'est un médecin qui n'obéit pas à la loi française. En revanche en Suisse ou en Belgique, on peut mourir dans la dignité. J'appartiens à cette association pour le droit de mourir dans la dignité, et le droit de vivre dans la dignité. J'avoue que quand je vois certaines personnes dans la rue, dans la vie en général, je me demande à quoi sert ce moment là de vie, quand on est diminué à ce point. Mais c'est mon choix, je ne l'impose à personne.

 

Comment le prennent vos proches?

 

Guy Bedos: Ils ont tendance à ne pas me croire.

 

La Gazette: C'est vrai qu'il est difficile de croire que quelqu'un décide un jour: « ça y est, c'est maintenant »…

 

Guy Bedos: Ça ne sera pas un caprice. J'appartiens à un réseau qui a aidé pas mal de gens à mourir. Je pense surtout à l'entourage. Puisqu'il faut choisir entre deux chagrins: supporter de voir souffrir physiquement, moralement, et puis mourir – c'est à dire l'acharnement thérapeutique – ou s'en aller, euthanasie rime avec anesthésie. Mourir sur une piqure, je trouve que c'est bien plus doux, bien plus gracieux. C'est mon point de vue, encore une fois : je ne l'impose à personne. Mais moi, je sais que je suis sérieux. J'ai vu des gens proches, que j'aimais, souffrir, hurler de douleur, dans des fins de vie cancéreuses, qu'on a aidé à partir. Et je pense que c'est préférable.


La Gazette: Pour revenir sur le film, il y a un problème qui n'est absolument pas présent, c'est la question de l'argent. Vous êtes tous très bien mis, et même quand il y a un dégât des eaux, le problème à régler, c'est que les artisans viennent au plus vite, mais pas le coût. Les personnages n'ont absolument aucun problème d'argent, alors qu'on sait que c'est un problème qui va se poser de plus en plus.

 

Guy Bedos: Mon cher, vous me connaissez? J'ai des engagements politiques qui sont clairs. J'ai « mal aux autres » comme disait Jacques Brel. Contrairement à ce que disaient certains, je ne suis pas de la gauche caviar, je suis de la gauche couscous. Je suis atterré par la marnière dont on traite les pauvres en général. Quand je vois des gens dans les rues, dans de cartons par -8°C, des femmes qui n'ont pas d'appartement et qui sont allongées rue de la banque à Paris... Je fais partie du DAL*, c'est d'ailleurs dans le film.


La Gazette: Et pour revenir au film?

 

Guy Bedos: Pour le film, ça regarde l'auteur. Il avait envie de le faire dans ce milieu là. On comprend à un moment que dans le couple que je forme avec Géraldine Chaplin, c'est elle qui a l'argent. Pas moi. Je suis une espèce d'humaniste qui court les routes d'Afrique pour secourir les autres. Elle, elle a une maison plutôt confortable. D'ailleurs, c'est drôle je n'y ai pas réfléchi à ça, dans le film. Mais quand on prend un rôle, on le prend tel qu'il est. Là, ça se passe dans une bande de gens, qui n'ont effectivement pas des problèmes d'urgence financière. On prend le scénario tel qu'il est.




Sur l'ensemble des SDF de France (environ 200 000), presque un tiers a un travail, mais ne gagne pas assez d'argent pour pouvoir avoir un logement.
Photo: Alain Bachellier

La Gazette: Si on devait comparer Paris et Berlin, le PIB par habitant à Paris est bien plus élevé. Pourtant, il n'y a pratiquement pas de gens qui dorment dans la rue, à Berlin…

 

Guy Bedos: Pardon, mais l'Allemagne est mieux gouvernée que la France. Quand je vois cette crise, il semblerait que l'Allemagne, qui n'est pas tellement plus riche que la France ait anticipé. Gouverner c'est prévoir dit-on. Je pense qu'on a mal gouverné la France depuis plusieurs années. Est-ce qu'il y a des réfugiés fiscaux en Allemagne comme il y en a en France? Est-ce que Mme Merkel a fait le bouclier fiscal? Quand je vois que M. Sarkozy fait la chasse aux fraudeurs sociaux et pas aux fraudeurs fiscaux. Et dans cette fameuse crise de l'euro, Sarkozy et Merkel font tellement de sommets, ils vont finir par glisser à un moment. Comme on dit qu'une maison est bien tenue, l'Allemagne est un pays mieux tenu que la France. Et notre provisoire président n'a rien arrangé. Il est du côté des riches, et des très riches.

 

La Gazette: Vous n'allez pas le regretter, s'il nous quitte aux prochaines élections? Si ce n'est plus le « boss » comme vous dites, vous ne pourrez plus vous moquer…

 

Guy Bedos: Je me suis toujours moqué, disons plus ou moins fort. J'étais assez lié avec François Mitterrand et je l'ai taquiné beaucoup.

 

La Gazette: Et François Hollande, vous êtes enthousiaste?

 

Guy Bedos: Non.




"Elle est méchante comme une teigne" Guy Bedos
Photo: Parti Socialiste

La Gazette : Lors des primaires à gauche, vous avez pourtant voté pour lui, non?

 

Guy Bedos: Je déteste Martine Aubry. J'ai des raisons personnelles d'abord. Elle a fait quelque chose de pas bien avec moi. Elle est venue me chercher pour faire une troupe dans les banlieues. Je me suis retrouvé à monter un spectacle, écrit avec une bande de jeunes gens, garçons et filles, à Vaulx-en-Velin, dans la région de Lyon.

 

Nous avons fait un spectacle excellent. Et elle a énormément profité de la publicité que ça lui faisait. La première fois que j'avais rendez-vous avec eux, j'étais dans le TGV Paris-Lyon, et il y avait une caméra. J'ai senti que ça avait un rapport avec nous, et en effet, c'est elle qui avait envoyé une caméra. Or c'était une connerie énorme, parce qu'il ne fallait surtout pas avoir l'air de se servir d'eux. Donc j'ai demandé aimablement aux journalistes et aux cameramen qui étaient là de rentrer à la maison et de nous laisser seuls avec les jeunes gens. On a fait cette troupe, Aubry est venue faire des émissions de télévision, et le jour où ça ne l'arrangeait plus, elle a décroché, alors que le spectacle marchait très bien et qu'il fallait au contraire continuer. Elle les a allumés en quelques sorte. Et je trouve qu'allumer des jeunes gens de cette manière, c'est presque pire que de les bastonner comme le font Sarkozy, Guéant...

 

Elle est méchante comme une teigne. Sur scène, je parle de sa méchanceté. Elle l'a été avec Hollande beaucoup. Pour faire partir Tom Pouce de l'Élysée, je pourrais voter pour une chèvre. Je pourrais donc voter pour une vache. Et quand elle dit « vivre ensemble », je lui réponds vivre ensemble, oui, mais pas avec toi. Je suis un homme de gauche, mais qui ne refuse pas d'attaquer la gauche. J'aimerais bien que Hollande passe, parce que je commence à m'ennuyer avec Sarkozy. Il y aura matière à rigoler, avec lui aussi. Ce côté hésitant déjà...




Hollande: du "Bedos à la tête du PS" au candidat présidentiable, il a parcouru du chemin depuis la dernière élection.

La Gazette : Francois Hollande, même s’il a un peu lissé son personnage en vue de la présidentielle, c’est a priori quelqu’un qui aime bien les bons mots aussi…

 

Guy Bedos: On nous a comparé, Hollande et moi. Des militants ont même dit à une époque « On n'a pas besoin d'un Bedos à la tête du PS. » et j'avais répondu: « Bedos n'a pas besoin du parti socialiste pour n'en faire qu'à sa tête. » C'est resté dans les mémoires, et à ma grande surprise : sur un papier qui concernait Hollande récemment, dans Le Parisien, ils ressortent une phrase de Sarkozy, qui ouvre le conflit avec moi. Ce n'est pas banal qu'un président attaque un humoriste le premier, à l'orée de la campagne, en disant: « est-ce que vous imaginez les Français ont envie d’élire Guy Bedos? » en parlant d'Hollande. Tout un temps, Sarkozy m'a beaucoup dragué, il aurait bien voulu que j'aille chanter à la Concorde avec Mireille Mathieu. : après avoir cherché à me kouchnériser, voilà qu'il veut me coluchiser. Je veux qu'il parte !


La Gazette : Ça c’est votre volonté, mais on est en démocratie, il a été légitimement élu, et l’électorat aura bientôt l’occasion de trancher…

 

Guy Bedos: Je suis un homme de gauche qui se méfie du peuple, parce que le peuple est manipulable. Il manque de culture parfois, il s'arrête à des apparences, à des promesses... Il y a une naïveté, on ne peut pas le nier. Il y a des tas de gens qui me disent aujourd'hui: « J'ai voté pour Sarkozy et je le regrette », alors qu'il y avait beaucoup quand même beaucoup de gens qui avaient déjà compris que c'était un menteur, un tricheur et un type pas fréquentable.

 

La Gazette : Curieuse posture pour un démocrate. Il ne faut pas accabler le peuple, ni sous estimer sa vigilance, finalement ce n’est qu’une minorité qui se laisse séduire par les extrêmes…

 

Guy Bedos: Je ne sanctifie pas le peuple. Le peuple peut se conduire comme un con. Je vais faire le pédant, mais bon... Victor Hugo a dit « construisez des écoles, vous fermerez des prisons », ça marche pour beaucoup de choses. Je pense que les mauvais traitements culturels qu'on inflige aux jeunes gens, je pense notamment à la télé réalité, ça abrutit une partie de la population, en effet.



Guy Bedos & Sophie Daumier-La drague von djoik

La Gazette: Le sketch La drague, avec Sophie Daumier, votre compagne d'alors, est un sketch intemporel, qui a été repris, parce qu'il n'est pas lié à une actualité brûlante. Vous avez beaucoup donné avec talent dans la réaction à ce qu'a dit le premier ministre, le président du moment... des choses qui risquent de vieillir. Vous avez du vous en rendre compte en devant choisir certaines œuvres pour le coffret.

 

Guy Bedos: Quand je faisais tandem avec Sophie, c'était par respect pour elle. J'ai toujours été engagé. Je n'ai pas fait la guerre d'Algérie, je me suis fait réformer pour maladie mentale, j'ai fait la grève de la faim... Je n'ai pas attendu les années 1970 pour m'engager. J'ai penché à gauche, même si droite ou gauche, j'ai l'impression de marcher au pas. D'ailleurs, j'ai des amis qui sont à droite, et il y a des personnes de gauche que je ne peux pas supporter. Sophie était une anarchiste naturelle. Mais elle n'était pas engagée politiquement, elle s'en foutait de tout ça. Donc je n'allais pas lui imposer une revue de presse d'une heure et lui laisser faire du tricot en coulisse en m'attendant. C'est en me séparant d'elle que je me suis laissée aller à tout ça. J'ai commencé à faire ça en 1975, seul sur scène. Quand j'ai repris un spectacle à deux avec Murielle Robin, j'ai laissé tomber la revue de presse. J'ai joué des textes, des sketchs, comme tout le monde. Encore une fois, par courtoisie, par respect pour ma partenaire. Mais le public est très demandeur de ce que je fais en politique. Beaucoup de gens me disent: « surtout ne nous quittez pas » ils ont peur que je meure peut-être ? « Pas tout de suite, on a besoin de vous ». Ce sont des choses très encourageantes. Alors qu'en fait je n'ai aucune action sur la politique. J'ai parlé avec Mitterrand, avec Jospin, j'ai même parlé avec Sarkozy à l'époque où il m'a dragué. Je l'avais vu en tant que délégué de la ligue des droits de l'homme pour un déjeuner.




Le théâtre du Rond Point accueille Guy Bedos pour son dernier spectacle: "Rideau!"

La Gazette: Il paraît qu'il ne boit pas de vin?

 

Guy Bedos: Non. Mais moi non plus, au déjeuner. Par contre je bois au moins un verre de vin à partir de 19h, 19h10... C'est très intéressant ce qu'on dit là ! (rires)

Le commentaire politique s'use. Mes fameuses fiches, que j'appelle mes « fiches cuisine », je les renouvelle presque chaque jour. Je coupe des choses, j'en rajoute d'autres... c'est un autre exercice. C'est un exercice de journaliste auquel je me livre là.

 

La Gazette: À partir du moment où vous êtes seul, vous ne vous voyez pas écrire des sketchs plus intemporels?

 

Guy Bedos: Si, bien sûr que si. J'aime beaucoup jouer la comédie, y compris dans des sketchs. Mais si je ne faisais pas ma revue de presse, je me ferais lyncher par le public.

 

La Gazette: Vous avez la santé, le public vient, les gens rient.... Alors pourquoi arrêter maintenant?

 

Guy Bedos: Je n’arrête pas immédiatement, Je fais mon dernier spectacle en One man show en ce moment. Je sors un coffret, pour lequel j'ai choisi notamment 70 sketchs.

J'ai 77 ans, si je fais un autre spectacle, j'en aurai 79, je ne sais pas du tout dans quel état je serai. Pour l'instant ça va aussi bien que possible. Je ne veux pas faire le spectacle de trop. je ne pense pas trop à des humoristes, mais j'ai vu trop de chanteurs ne pas savoir s’arrêter. Les derniers concerts de Reggiani par exemple étaient pathétiques parce qu'il était fatigué. Le temps passe. Quand j'étais gosse, un type de mon âge était un très vieil homme. Je n'ai pas cette impression dans ma façon d'être, dans ma façon de vivre. Ma femme a 25 ans de moins que moi, mes enfants sont plus jeunes que moi...

 

La Gazette: Avoir des enfants plus jeune que soi, ça arrive souvent...

 

Guy Bedos: Oui, mais je le ressens très fort. Je suis bien entouré.


La Gazette: Vous disiez tout à l'heure que gauche ou droite, vous aviez l'impression de marcher au pas. Que pensez-vous de mouvements plus alternatifs? Europe Écologie par exemple.

 

Guy Bedos: Je suis très partagé. Je suis très favorable à l'écologie bien évidemment. Je ne suis pas l'adversaire du parti d'Europe Écologie. J'ai trouvé Mme Joly un peu maladroite ces temps-ci. Si on veut faire passer la gauche, si on veut faire partir « Little Big Man », il faut s'unir. Ça s'appelle l'union de la gauche. Et même Mélanchon que j'aime bien, pourrait attendre cinq minutes avant de dire que Hollande fait du pédalo en pleine tempête. Sur scène, je dis que lui, il saute en parachute d'un avion qui n'a pas encore décollé. Il devrait attendre pour se fritter avec Hollande. Hollande a de grandes chances de passer, alors que l'autre est un peu en train de se casser la gueule. Si on se tire dessus entre soi.. Mais c'est la tendance en effet des partis frères. Je trouve ça navrant. On risque de se retrouver dans la situation de 2002, avec Le Pen au second tour.

 

 

 

Propos recueillis par Marion Muracciole et Régis Présent-Griot

 

* DAL : Droit au logement, association française militante présidée par Jean-Baptiste Eyraud et créée en 1990 dont le but est de permettre aux populations les plus fragilisées (mal logés et sans-logis) d'avoir accès à un logement décent, en exerçant leur droit au logement.

 

 

Dates de la tournée du spectacle Rideau ! : www.guybedos.com

 

Sortie du film

 

- Et si on vivait tous ensemble ? 18 janvier 2012 en France, Suisse et Belgique

 

- Und wenn wir alle zusammenziehen ? 5 avril 2012 en Allemagne et Autriche

 

On peut aussi lire l'interview de Géraldine Chaplin, autre protagoniste du film Et si on vivait tous ensemble :

www.lagazettedeberlin.de/geraldine-chaplin-film-7195.html








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