L'in/compatibilité. C'est le leitmotiv de la 25ème édition du festival berlinois Transmediale. Jusqu'au dimanche 5 janvier : expositions, workshops, vidéos, performances et musiques électroniques réunissent plus de 200 artistes afin de nourrir une réflexion sur notre rapport à la technologie et aux médias.
« Ah. Mon powerpoint ne marche pas », s'est exclamé Kristoffer Gansing, directeur artistique du festival Transmediale lors de son discours d'ouverture à la Haus der Kulturen der Welt de Berlin. Ce qui semblait au départ être un maladroit bug informatique, s'est ensuite transformé en chaos sonore et visuel, pulsions libératrices d'un ordinateur incontrôlable - une œuvre d'art de 15 minutes orchestrée par l'artiste américain des médias Jon Satrom.
« Le festival est comme un one man show», explique Kristoffer Gansing. Avec neuf autres curators, cet « archéologue » des médias a réuni 200 projets, afin de « sortir la culture médiatique de ses pratiques obscures». Entre vidéos, performances, et le festival de musiques électronique CTM, Transmediale explore les paradoxes de la culture du Net – de la société et la politique.
« In/compatible », c'est un peu l'histoire du free software contre le payant, du gros média contre le petit. Kristopher Gansing veut mettre en avant l'extase que procure les réseaux sociaux, le cloud computing ou l'amusement technologique. Le festival vénère l'ouverture et la liberté comme une antithèse à la crise.
Des vidéos et de la musique...
A ses débuts en 1988, Transmediale était un prolongement du festival du film de Berlin. Pour cette 25ème édition, le programme vidéo sera l'occasion d' une rétrospective des travaux effectués. En parallèle, le Club Transmediale, lui, est dédié aux musiques "aventureuses" et aux arts visuels qui lui sont proches. Le programme musical électro est varié avec des artistes comme Mous on Mars ou Balam Acab aux platines des clubs mythiques du « Barghain » et du « Horst Krzbg ».
Au « Labor Berlin 8 », laboratoire expérimental de la Haus der Kulturellen der Welt, les visiteurs pourront jouer avec une souris d'ordinateur géante en scrollant des hashtags Twitter sur un écran, observer un train électronique -symboles des axes de communication- qui roule grâce à des panneaux solaires, et admirer des vinyles perforés façon Jacquard tourner sur une douce complainte digitale. Au total, l'exposition «Dark drives. Uneasy Energies in Technological Times » , exhibe 35 objets de notre quotidien sous un jour nouveau, à la Haus der Kulturen der Welt.
En passant devant les diodes électroluminescente du duo JODI, la chorégraphie de l'artiste des nouveaux médias Jeremy Bailey au Hall 2 surprend : des objets en 2D répondent sur un écran aux gestes qu'il effectue en short sur du Britney Spears. Son travail d'interface gestuelle est présentée toute la semaine à l'ambassade du Canada, aux côtés des œuvres du fameux théoricien des médias, Marshall Mc Luhan.
Qu'elles perturbent ou non les esprits, les performances : « Steam machine » -une machine complexe produisant des sons électroniques- « My generation » -un ordinateur défoncé au milieu de la scène par des junkies de jeux vidéos- ou encore le fabuleux Joshua light show - son et lumière psyschédélique- sont là pour susciter l'étonnement et la réflexion sur nos propres pratiques médiatiques.
Afin de nourrir cette réflexion, un colloque réuni des experts sur des thèmes aussi différent que les Anonymous, les technologies militaires, le computing mais aussi la problématique du cyber-sexe.
Alors que la cybernétique est en train de devenir la culture dominante du XXIème siècle, Transmediale permet de s’interroger sur ce qui fait de nous les esclaves de ce que l'économiste Serge Latouche appelle la «Mégamachine».
Le système technicien est devenu le nouveau milieu de l’homme, selon les travaux du sociologue français Jacques Ellul. Ce milieu se caractérise par l’abstraction (donc la simplification) et le contrôle. L'homme pense maîtriser le progrès technologique, mais en réalité peu savent expliquer le fonctionnement d'un ordinateur. Pire, les dernières nouveautés technologique font fureur, mais leur capacité est rarement pleinement utilisé.
L'exposition médiatique des réseaux sociaux et la volonté de rester connecté en permanence nous incite à mélanger vie privée et vie publique. Ainsi, la relation de confiance entre l’humain et le support technologique semble être devenu une aliénation.
Parfois incompréhensibles, le spectateur a le choix de regarder les œuvres d'un œil amusé sans en critiquer le sens, ou bien y voir une contestation de l'aliénation humaine au support technologique. Le théoricien des médias Marshall Mc Luhan avait lui, dès 1967, un avis bien tranché sur la question:
« L'art vu comme contre milieu ou antidote au milieu devient plus que jamais un moyen de former le jugement. L'art vu comme article de consommation courante plutôt que comme moyen de former la perception reste aussi snob et aussi ridicule qu'il l'a toujours été ».
Corentin Valençot
Les meilleures performances de Transmediale selon le site de l'hebdo "Die Zeit".
Tarif :
A partir 5 euros la visite à la Haus der Kulturen der Welt et 12 euros le pass à la journée.
Informations :
Attention le site transmediale.com est à l'image du festival : une œuvre de cyberart.