
 |

|
 Stefan Stern, Christoph Gawenda
(photo : Jan Versweyveld)
|

Dans sa mise en scène d’Edward II, Ivo van Howe a choisi de situer la cour royale d’Angleterre dans un univers carcéral. Sur scène, au premier plan, huit cellules. Au fond d’une travée, entre les cellules, le surveillant, juché sur sa tour. Au dessus de lui, un écran de surveillance. A l’arrière plan, côté cour, les douches, côté jardin, la salle de sport. Le roi Edward II (interprété par Stefan Stern), est seul sur scène dans sa cellule. Le pouvoir est une prison.

La pièce commence. Gaveston, l’amant du roi, apparaît, nu. La cellule du roi est un tremplin, le socle de l’éphèbe statuesque depuis lequel il revendique son amour. Puis, l’amour laisse place à la politique. Le surveillant ainsi que les autres prisonniers entrent sur scène : la cour est réunie autour du roi, les partisans, les adversaires, le frère, le fils, l’épouse, l’amant. Tous les rôles sont interprétés par des hommes y compris celui de la reine. Christopher Marlowe est un contemporain de Shakespeare et à l’époque, les femmes ne pouvaient pas jouer sur scène. Cette fidélité historique permet à Van Howe de renforcer le côté déjà ultra-viril de sa mise en scène et d’être dans l’imagerie chrétienne à la Pasolini en faisant de la reine Isabella une sorte de Vierge à l’Enfant entourée de ses anges, version trash et travestie. Tout cela à grand renfort de musique religieuse interrompue occasionnellement de rock-hardcore (cela pour bien rappeler au spectateur la violence de la situation…). Dans ce huis-clos viril, les complots se trament, la politique est un corps que l’on prend et les champs de bataille sont la cour de la prison, la salle des douches. Pourquoi pas.

Cependant, l’on peut aussi s’interroger sur d’autres partis-pris de la mise en scène. Ici, la vidéo est omniprésente. L’utilisation de la vidéo tend à devenir de plus en plus courante sur les scènes de théâtre, avec plus ou moins de bonheur. Dans cette mise en scène, tout est conçu en fonction de ce que l’on veut donner à voir au spectateur sur l’écran qui domine la scène. Les comédiens sont tous appareillés de micros, dans chaque cellule une caméra est installée, des caméras se déplacent sur un rail de travelling installé sur le devant de la scène, une caméra infrarouge filme les ébats nocturnes d’Edward II et de Spencer, son nouveau favori. On est dans une imagerie voyeuriste qui peut se justifier par le contexte carcéral : le surveillant observe les prisonniers à l’aide des caméras de surveillance. Pourtant, on se retrouve rapidement à fixer l’écran car c’est bien là que tout se passe. La représentation théâtrale se transforme ainsi en performance vidéo live car la scénographie est telle que hors écran, on ne distingue pas forcément les comédiens. Sur l’écran se monte donc en direct une série de clips rythmés par des gros titres qui tombent comme des couperets (son inclus) : POLITIK, KOMPLOTT, KALKÜL, LIEBE, HOMOSEXUALITÄT etc.
Quoi qu’il en soit, la performance des comédiens est remarquable.

Suzanne Kanazir

Edward II de Christopher Marlowe
Mise en scène de Ivo van Howe
Schaubühne am Lehninerplatz
La pièce est au répertoire de la saison 2011-2012.
Prochaines représentations :
16.04.2012, 20h00
17.04.2012, 20h00
Schaubühne am Lehninerplatz
Kurfürstendamm 153
10709 Berlin
www.schaubuehne.de
|
|