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Garagiste français à Berlin

   23.05.2013 
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En Allemagne, des révélations concernant la livraison à Israël de six sous marins pouvant transporter des missiles nucléaires ont fait polémique, quelques semaines à peine après la publication, le 4 avril 2012, d'un long poème de l'écrivain allemand Günter Grass Ce qui doit être dit. Dans cet écrit, il dénonce le danger que représente la puissance nucléaire israélienne et insiste sur le silence généralisé qui règne, en Allemagne, à propos de l'État juif. Les révélations sur les sous marins à capacité nucléaires semblent faire écho à ce poème et soulignent la complexité des relations entre les deux pays. Le spectre de la Shoah a longtemps rendu l'Allemagne redevable auprès d'Israël. L'occasion pour la Gazette de se pencher sur les relations particulières qu'entretiennent ces deux pays.


Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l'État d'Israël est créé au Moyen-Orient pour donner au peuple juif la Terre promise dont il est question dans les textes mais aussi pour tenter d'effacer la honte produite, en Europe, par la Shoah. L'Allemagne, dont le gouvernement Nazi a été le principal protagoniste de l'extermination du peuple juif, s'engage immédiatement auprès du nouvel État. Dès 1952, un traité de réparation est signé entre les deux pays : au total, en 2007, l'Allemagne aura versé 25 milliards d'euros de dédommagements à l'État d'Israël et aux survivants de la Shoah.

 

En s'engageant dans le versement des réparations, l'Allemagne choisi, dès le lendemain de la seconde guerre mondial, de faire du support d'Israël une pierre angulaire de sa politique étrangère. Plus de 60 ans après, les résultats sont là.


Israël/Allemagne : les meilleurs amis.



Merkel à la Knesset en 2008 à l'occasion du 60ème anniversaire d'Israël. Plusieurs députés israéliens avaient boycotté le discours de la Chancelière.

L'établissement de relations entre les deux pays ne s'est pas fait immédiatement après la création de l'État juif : il a fallu attendre 1965 pour que des échanges diplomatiques aient lieu entre Israël et l'Allemagne. Dès lors, les visites officielles ont été régulières et souvent significatives : la première visite du Président allemand Roman Herzog à l'extérieur de l'Europe en 1994 s'est déroulée en Israël. Plus récemment, en 2008, Angela Merkel y a effectué un voyage de trois jours pour célébrer le soixantième anniversaire de l'État juif. A cette occasion, elle a rencontré Ehud Olmert, Premier Ministre israélien et un certain nombre d'accords sur plusieurs projets d'éducation, d'environnement et de défense ont été signés. Madame Merkel a ensuite évoqué la « honte de l'Holocauste » en Allemagne et a déclaré le support de son pays à l'État juif durant un discours à la Knesset.




Angela Merkel et Ehud Olmert marquent leur bonne entente par la signature de plusieurs accords en 2008

Les échanges entre les deux pays, qui avaient commencé sur des bases financières en 1952, se sont bien poursuivis dans le domaine économique : avec un commerce bilatéral atteignant 3,7 milliards d'euros en 2009, l'Allemagne et le second plus large partenaire commercial d'Israël après les États-Unis alors qu'Israël représente le quatrième partenaire commercial d'Allemagne dans la région d'Afrique du nord/Moyen-Orient.


La coopération scientifique entre les deux pays est également très forte. Si dans ce domaine aussi, les États-Unis sont le principal soutien d'Israël, l'Allemagne est le second sponsor de recherche scientifique de l'État juif et les chercheurs allemands sont les étrangers les plus présents y travaillant.


Cependant, avec l'arrivée d'une nouvelle génération en Allemagne, l'affaiblissement du souvenir de la Shoah et les critiques publiques de plus en plus fermes contre la politique extérieur de l'État israélien, les dirigeants des deux pays ont souligné la nécessité de développer de fortes relations de personnes-à-personnes et une éducation sur la Shoah. Il y a actuellement plus de cent villes jumelées entre l'Allemagne et Israël et chaque année, un total d'environ dix milles jeunes et volontaires des deux pays participent à des programmes d'échanges.


Diplomatiquement parlant...

Cependant, si ces bonnes relations ne posent pas de problème dans le cas d'échanges commerciaux, la position de l'Allemagne est beaucoup plus sensible lorsqu'il s'agit de s'engager diplomatiquement dans les conflits entre Israël et ses voisins arabes.

 

Ce n'est pas pour rien que l'Allemagne est souvent considérée comme un des soutiens principaux de l'État juif au Moyen-Orient. À plusieurs reprises, elle s'est démarquée par ses prises de position : En 2002, pendant le second Intifada, l'Allemagne a successivement bloqué toute proposition de sanction de l'Union européenne contre Israël. Deux ans après, le Ministre de l'Intérieur Otto Schily et d'autres éminents responsables ont ouvertement supporté la décision de l'État juif de construire une barrière de sécurité en Cisjordanie alors même que leur pays avait finalement adopté la position officielle de l'Union européenne condamnant la barrière. Durant le conflit entre Israël et le Hezbollah au Liban en 2006, l'Allemagne s'est aussi positionnée contre le cessé-le-feu.


Mais les critiques se font aussi de plus en plus vives. Concernant les bombardements israéliens au Liban en 2006, 75% des allemands considéraient l'action d'Israël « disproportionnée ». Dans cette optique, des changements s'opèrent dans la position officielle de l'Allemagne envers Israël, ces dernières années. En 2010, le Parlement adopte unanimement une motion critiquant le blocage de Gaza et le bombardement par Israël d'un navire turque d'aide aux palestiniens de Gaza. Concrètement, à travers cette motion, il est demandé au Gouvernement allemand d'adopter une position plus courageuse, juste et non-ambigüe sur le problème palestinien. Ce qui requière la redéfinition de « amitié spéciale » avec Israël.


Le 18 février 2011, l'Allemagne signe en faveur d'une résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU qualifiant les colonies d'Israël sur le territoire palestinien occupé d'illégales et demande leur arrêt immédiat. Plus tard en septembre, Angela Merkel critique Israël à propos de ses colonies et menace de suspendre la livraison des sous-marins allemands.



Un positionnement délicat

Seulement, il semble être difficile pour les allemands de condamner ouvertement l'État juif et ce, dû au rôle particulier qu'a joué leur pays dans le génocide du peuple juif pendant la seconde guerre mondiale. Toute prise de position de l'Allemagne à l'égard d'Israël est ramenée à cet événement et à ce titre, il est courant de voir les critiques adressées à l'État juif taxées d'antisémitisme.


La mémoire longue


En Israël, la mémoire de la Shoah est encore vive. À tel point, que la programmation d'un concert du compositeur allemand Wagner, le 18 juin 2012, par l'orchestre israélien à soulevé de fortes protestations et à finalement été annulé. Pourtant, il y a quelques jours le site Meteor Magazine d’actualités israéliennes en Français, titrait un article “Bientôt le tout premier concert de Wagner en Israël…?” : en effet la musique de Richard Wagner devait être jouée dans l’État d’Israël. Le concert, prévu pour le 18 Juin à l’Université de Tel Aviv, devait présenter les œuvres d’un homme dont le nom est associé à l’Allemagne nazie. Seulement, il y avait une interdiction sur les œuvres du compositeur depuis 1938. Un boycott par les Juifs qui a tenu bon jusqu’à ce jour. Au cours des trente dernières années, un certain nombre de tentatives ont été faites pour produire des concerts de Wagner. Mais toutes ont rencontré une opposition extrême, et ont provoqué la colère du public en général, et en particulier celle de dizaines de milliers de survivants de la Shoah. Le concert prévu le 18 juin devait inclure une section entière des œuvres du compositeur, quelque chose que personne n’avait jamais osé tenter. Mais non, une fois encore, Wagner ne sera pas joué en Israël. Le grand quotidien israélien Haaretz, a annoncé que le concert a été annulé devant les protestations.


Sur le sujet des six sous-marins Dolphin vendus par l'Allemagne à Israël et dont le contrat de vente a été signé en 2005, le Jerusalem Post, journal israélien, réagit en écrivant : « alors que la génération de leurs grands-parents a perpétué l'Holocauste et la génération précédente a payé pour l'Holocauste par des réparations aux victimes, la génération actuelle aide à prévenir un second Holocauste en fournissant aux Forces Israéliennes de Défense d'importantes armes défensives. ». Cette livraison fait aujourd'hui des remous dans la presse et dans l'opinion publique allemande car les sous marins ont une capacité nucléaire. Or, Israël n'a jamais officiellement déclaré avoir l'arme nucléaire.

 

Pourtant, l'argument est souvent employé en Allemagne, d'un devoir d'assurer la défense du pays contre les menaces des voisins, principalement l'Iran. Dans un éditorial du Zeit, hebdomadaire allemand, Jörg Lau défend la vente des sous marins Dolphin et rappelle que la livraison avait déjà été décidé avec Helmut Kohl et que Gerhard Schroede et Angela Merkel n'ont fait que poursuivre cette politique. Précisons que l'Allemagne, en plus de fournir des sous marins à capacité nucléaire à Israël, prend aussi en charge un tiers du coût de ceux-ci, soit environ 135 millions d'euros.




La campagne de Boycott, Désinvestissement, Sanction a été lancée par la société civile Palestinienne en 2005 et suivi en Allemagne en 2010

Il y a aussi ceux qui exploitent, à des fins politiques, la sensibilité particulière de l'Allemagne aux comparaisons et accusations d'antisémitisme. La campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanction a été comparée au boycott Nazi des commerçants juifs. Dans la même logique, il a été affirmé que la motion du Parlement adoptée en 2010 était une forme polie reflétant la montée des attaques antisémites en Allemagne.




En 2006, Günter Grass, connu pour ses positions de gauche, avait déjà fait parlé de lui en admettant avoir fait partie des Waffen SS dans sa jeunesse

C'est le genre de critiques qu'a essuyé Günter Grass après la publication de son poème. Il anticipe d'ailleurs le raccourci qui sera fait de son travail et le déplore :

 

Le silence général sur cet état de fait

silence auquel s'est soumis mon propre silence,

pèse sur moi comme un mensonge

une contrainte qui s'exerce sous peine de sanction

en cas de transgression;

le verdict d'"antisémitisme" est courant.

 

Même si dans certains cas, la presse israélienne soutient la position de Günter Grass, on ne lui reconnait pas le droit moral de critiquer Israël. Dans Maariv, journal de centre droit, le commentateur Shai Golden déclare « Je suis d'accord avec presque tout ce qu'il a dit. Mais il n'a tout simplement pas le droit moral et historique de le dire », estime-t-il, invoquant « la trahison du principe de l'expiation auquel chaque Allemand doit s'engager pour toujours en parlant d'Israël et des juifs ».


C'est dans ce contexte particulier qu'a eu lieu la visite officielle en Israël du président Joachim Gauck. Dès son arrivée le 28 mai dans l'Etat hébreu, le président allemand a d'ailleurs clairement pris position sur le programme nucléaire de l'Iran qui, estime -t-il, « représente une menace réelle pour Israël et, au-delà, pour toute l'Europe ». Et il a réaffirmé : « L'Allemagne assume sa responsabilité en ce qui concerne la sécurité d'Israël. Israël doit vivre en paix dans des frontières sûres. »


Andréa Hernandez

30.04.2012








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