

Le 17 Juin au soir, c’est toute l’Europe et l’Allemagne la première qui, tournée vers la Grèce, a retenu son souffle, attendant les résultats définitifs du dépouillement des bulletins de votes. La victoire du parti conservateur, Nouvelle Démocratie, a été vécue comme un véritable soulagement par la classe politique allemande.

En Allemagne, les résultats du vote furent accueillis avec une condescendance bienveillante teintée d’une certaine méfiance par une partie de la classe politique, et avec soulagement par d’autres. Ainsi, si Angela Merkel se félicite du résultat elle ne s’est pas retenue pour rappeler aux Grecs les obligations qu’ils doivent honorer. Plus optimiste, le ministre des finances, Wolfgang Schaüble (CDU), interprète le résultat de ce vote comme la volonté des Grecs de mener à bien les réformes. Guido Westerwelle (FDP- parti libéral), le ministre des affaires étrangères allemand à quant à lui déclaré : « Les luttes électorales nous ont fait perdre du temps, du temps précieux ». Satisfait du résultat, le ministre allemand de l’industrie, P. Röster (FDP) confiait : « Les forces de la raison ont barré la route aux forces radicales ».
Le président du Parlement européen, Martin Schulz (SPD) content du résultat, espère que les plans de sauvetage amèneront des résultats concrets, rappelant au passage que « Les 130 milliards d’euros ont été donnés pour aider le pays, et non pas pour le torturer ».

Antonis Samaras, grand vainqueur de la soirée électorale.C’est avec pas moins de 30% des suffrages exprimés que le parti d’ Antonis Samaras, Nouvelle Démocratie, a remporté les élections législatives, devant le parti de la gauche radicale Syriza (26,5%) et le parti socialiste Pasok (12,5%). Cette élection intervient, après 6 semaines de vide politique et une fébrilité générale de la population qui s’est ruée dans les banques retirer le plus d’argent possible. Soulagé A. Samaras déclarait le soir du vote : « Le peuple grec a aujourd’hui exprimé son désir de continuer sur le chemin européen et de rester dans la zone euro.» |
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A l’échelle européenne, H. Van Rumpoy, actuel président du Conseil européen, souhaite la formation rapide d’un nouveau gouvernement, pour éviter que le scénario catastrophe des précédentes élections ne se reproduise.

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 Le leader de Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras.
Photo: PSD
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Les quotidiens nationaux allemands, ont, quant à eux, salué quasi unanimement la décision des Grecs de porter le parti conservateur à la tête du gouvernement, tout en regardant craintivement la montée en puissance du parti de la gauche radicale Syriza. Ainsi, le Süddeutsche Zeitung, quotidien de référence de centre gauche, écrit que le « Drachmagedon » a été évité. En effet, un retour à la drachme aurait eu des « conséquences désastreuses pour les importations aussi bien que pour les exportations grecques » selon le Berliner Zeitung, quotidien de centre gauche. De ce point de vue, il semblerait que la volonté du peuple, qui s’était prononcé à 85% contre une sortie de la zone euro se soit traduite dans ce vote.

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 Alexis Tsipras, leader de Syriza.
Photo: Linksfraktion
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Le Berliner Zeitung, s’il se réjouit du résultat, a rappelé que le temps est compté pour Samaras, qui ne dispose d’aucun état de grâce et qui doit à tout prix former un gouvernement de coalition dans les jours à venir. Cette coalition, si elle ne comptera aucun membre de la gauche radicale dans ses rangs, Syriza refusant de participer à un gouvernement qu’il ne dirigerait pas, devrait voir le retour des socialistes du Pasok aux affaires, alliés potentiels les plus crédibles de la Nouvelle Démocratie.
Analysant les rapports de force au sein de l’échiquier politique grec, le Berliner Zeitung met l’échec de Syriza sur le compte d’Antonis Samaras, qui s’était exprimé en public pour affirmer qu’en cas de victoire de la gauche radicale, la Grèce sortirait immédiatement de la zone euro. Répondant à cela, Tsipras, leader charismatique de la gauche radicale, avait déclaré que la Nouvelle Démocratie et le Pasok allaient déposer le drapeau grec aux pieds d’A. Merkel. Accusé d’attiser la germanophobie la plus primaire par le Berliner Zeitung, Syriza compte bien accentuer la pression de la rue sur le gouvernement pour essayer de se faire entendre.

Les journaux allemands, à l’image du Bild caricaturant les manifestants grecs en néo-nazis et du Spiegel faisant de sa une « Akropolis Adieu! » ont fortement contribué à véhiculer le cliché nauséabond du Grec oisif profitant passivement des aides européennes. La réalité est toute autre, l’argent prêté aux Grecs devra être remboursé à des taux d’intérêts élevés. Ainsi, nul cadeau ne leur est fait, tout au plus un petit coup de pouce aux conséquences très incertaines sur le long terme tant il est difficile de savoir si ces prêts pourront être remboursés.

Marquant normalement la fin de 6 semaines de disette gouvernementale pour la Grèce, cet épisode est un nouveau signal fort qui est envoyé aux dirigeants européens. Il pourrait témoigner, selon le Berliner Zeitung du manque de confiance qu’ont de plus en plus les Européens dans l’Union Européenne, en particulier les Grecs, excédés par les humiliations à répétitions dont ils sont victimes. Le rêve des Pères fondateurs Monet et Schuman pourrait plus que jamais s’envoler sous la pression de la finance.

Elie Abergel
19.06.2012