

Dès le lendemain de sa prise de fonction le 15 mai, le nouveau président François Hollande a immédiatement entamé un marathon de rendez-vous, cherchant à affirmer sa crédibilité et désireux de faire entendre sa voix. Suscitant curiosité et méfiance, les moindres faits et gestes de François Hollande sont observés depuis l’Allemagne.

Le 18 et 19 mai c’est à Camp David, aux Etats-Unis, que le nouveau président socialiste a fait ses premiers pas sur la scène internationale, peu après avoir rencontré Angela Merkel à Berlin. Sévère le Berliner Zeitung fait remarquer les errements de F. Hollande sur le tapis rouge au côté de la chancelière allemande –qui a du le guider par le coude- mais aussi la cravate portée par le président français lors d’une réunion « informelle » à Camp David. Plus clément, le Süddeutsche Zeitung préfère voir dans ses « errements diplomatiques » de début de mandat un signe de sincérité, qui accentue d’autant plus le contraste avec « l’homme d’état affirmé » qu’est devenu Hollande. En effet, c’est avec un étonnement mal dissimulé que les principaux quotidiens allemands, Süddeutsche Zeitung en tête, ont observé la très rapide mutation de François Hollande. Passé du stade de « novice de la politique » à nouvelle star du G8, le président français a pris de court tous les observateurs politiques. Reprenant les propos du ministre des affaires étrangères français Laurent Fabius, le Süddeutsche Zitung souligne le « sans-faute » du président pour ses premiers pas à l’étranger. Le quotidien de centre-gauche voit dans les diverses prestations de François Hollande une volonté de faire du succès national du 6 mai un succès à l’échelle internationale.

Le Berliner Zeitung se demande s’il « n’est pas temps d’accorder un peu de crédit aux positions françaises sur des sujets comme la croissance ou la régulation de la finance », et si Hollande arrivera à mettre Angela Merkel sur une bonne voie. Toutefois, cet enthousiasme relatif semble là encore teinté de scepticisme, le quotidien allemand s’interrogeant sur une potentielle diffusion du « virus Hollande » sur la question de l’Afghanistan, qui se traduirait par un retrait précipité du contingent d’occidentaux en place.

Les législatives de Juin, qui donnent les pleins pouvoirs à la gauche, sont perçues comme l’avènement d’une ére nouvelle en France et en Europe. En effet, le Frankfurter Allegemeine Zeitung, journal de centre droit, insiste sur « les attentes qui pèsent sur les épaules du président français », soulignant que « les autres pays européens attendent également de voir ce qu’il fera de cette majorité fraîchement acquise ». Inquiet, le quotidien souligne "l'inexpérience d'Hollande" sur la scène européenne, et se demande si François Hollande ne cherche pas à « former une coalition avec l’Espagne et l’Italie pour s’opposer à l’Allemagne », rappelant qu’une confrontation directe entre les deux pays serait « une catastrophe pour la zone euro ».

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 David Cameron, Premier ministre de Grande-Bretagne.
Photo: Flickr
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Quelques jours plus tard c’est à Los Cabos au Mexique pendant le G20 que M. Hollande s’est montré dans la cour des grands, fort des bons scores obtenus par la gauche aux législatives. Sur ce sommet, le Süddeutsche Zeitung rapporte que les propos du Premier ministre britannique David Cameron qui a déclaré vouloir « dérouler le tapis rouge aux entreprises françaises désireuses d’échapper à un taux d’imposition élevé » ont été très mal accueillies par la délégation française et le président Hollande, qui « aurait esquivé une question posée par un journaliste sur ce sujet ».
Occultant l’incident, le Berliner Zeitung met l’accent sur la certaine et nécessaire coopération franco-allemande qui doit se mettre en plance, et sur la responsabilité pesant sur les épaules d’Hollande et de Merkel, « co-leader » d’une zone euro en détresse.

Réussissant à faire entendre sa voix sur les différents moyens de relancer la croissance, F. Hollande quitte donc Los Cabos satisfait, encore fraichement auréolé par la victoire de son parti et un début de mandat encourageant.

Elie Abergel
le 21.06.2012