24.05.2013  
  N°. 38 / Société 2012 /   
  Le droit de circoncision coupé-court  
   
 




La pratique de la circoncision dépasse les seules religions musulmanes et juives, y compris dans le temps (ici scène de circoncision dans l'Egypte retrouvée de la tombe de Ankhmahor à Saqqarah).

La circoncision est-elle une blessure corporelle ? Le Tribunal de grande instance de Cologne a condamné, mardi 26 juin, cette intervention pour tous motifs autres que médicaux. Stupeur et indignation dans les communautés juives et musulmanes, débat animé. Passé un moment de surprise, les dirigeants allemands multiplient les condamnations du jugement, jusqu'à la chancelière...


Ce jugement intervient à la suite d'une intervention et de ses complications médicales. A la demande de parents musulmans, un médecin a circoncis un petit garçon de 4 ans, dans une clinique de Cologne en novembre 2010. Peu de temps après, l’enfant fut envoyé à l’hôpital suite à des saignements. Le Ministère Public allemand a alors déposé une plainte contre ce médecin pour faute professionnelle. Ce dernier a été acquitté en première instance puis en appel. Comme l’ont souligné ses avocats, aucune loi n’est en vigueur concernant la circoncision.


Un jugement qui remet en cause la pratique

La Cour considère que c’est une lésion corporelle et que « le corps d’un enfant est irrémédiablement et définitivement changé par la circoncision ». Elle ajoute qu’elle « contrevient aux intérêts de l’enfant de décider plus tard de son appartenance religieuse lui-même ».

 

La tribunal de Cologne interdit donc « ce préjudice corporel illégal » sur les jeunes enfants pour des motifs religieux et tient à souligner que « le droit fondamental de l’enfant à l’intégrité physique l’emporte sur les droits fondamentaux des parents ».

 


Merkel tranche



Merkel portrait rupestre à St.-Romain-au-Mont-d'Or (photo : thierry Ehrmann Adobe of chaos)

Après quelques jours de polémiques et surtout après que des rabbins et des officiels de la communauté musulmane tant en Allemagne qu'à l'étranger se soient manifestés, la plaisanterie semble avoir assez duré. Le personnel politique allemand prend clairement ses distances avec le jugement de Cologne.

 

La chancelière Angela Merkel comme à son habitude a d'abord laissé chacun s'exprimer avant de trancher. Lundi 16 juillet c'est sans ambiguïté que selon le Financial Times Deutschland elle s'est prononcée pour la légalité de la circoncision :"Je ne veux pas que l'Allemagne soit le seul pays au monde où les Juifs ne puissent pas pratiquer leurs rites". D'ajouter :"Sinon nous passerions pour une nation de comiques" (ou de "bouffons" ou de guignols" selon comment l'on veut traduire "Komiker").

 

Vendredi 13 juillet Steffen Seibert, le porte parole du gouvernement l'avait précédée :"Les circoncisions pratiquées de façon responsable ne doivent pas être pénalisées dans ce pays". Afin de combler le vide juridique "une décision rapide est indispensable" précisait encore M.Seibert.

 

Guido Westerwelle (FDP), le ministre des affaires étrangères a aussi souligné les risques pour la perception de l'Allemagne à l'extérieur en expliquant avoir reçu "plusieurs critiques sérieuses" sur le verdict de Cologne. "Il doit rester clair qu'en Allemagne la libre pratique de la religion est protégée. Ce qui implique le respect des traditions religieuses".

 

Hermann Gröhe, secrétaire général de la CDU s'est voulu rassurant lui aussi : "Nous voulons une vie juive et une vie musulmane dans la République fédérale et nous respectons les traditions pluri-séculaires". M. Gröhe a expliqué que la CDU soutenait la proposition du chef du groupe parlementaire de la CDU Volker Kauder de légiférer sur la question. Une décision du Bundestag pourrait réunir une très large majorité, dépassant les deux partis de la coalition (CDU et FDP). Toutefois pour l'heure aucun potentiel cadre juridique n'a encore été rendu public.


Des médecins réticents



Franck Ulrich recommande aux chirurgiens de ne plus pratiquer d’intervention pour la circoncision sur les jeunes enfants pour des motifs religieux.

Franck Ulrick, président de la Chambre des médecins et la Société allemande de chirurgie informent les praticiens des risques qu’ils prennent en acceptant de réaliser cette intervention (leur assurance ne les couvrira plus en cas de complications). De plus, ils recommandent vivement aux parents d’attendre la décision de leurs enfants à l’avenir.

 

Holm Putze, juriste et essayiste allemand, a longtemps milité afin d’obtenir une loi contre la circoncision religieuse sur les jeunes enfants. Il estime d’ailleurs que c’est une décision extrêmement importante pour les médecins, qui peuvent ainsi s’appuyer sur un support légal.

 


Une intrusion tranchante dans la liberté de religion



Dieter Graumann, président du Conseil central juif en Allemagne.
L’Allemagne, Etat de droit, doit « négocier avec le bon Dieu » si la circoncision traditionnelle juive et musulmane est interdite.

Dans un pays où résident environ 3,8 millions de Musulmans et 200 000 Juifs, une grande indignation s'est faite entendre des structures représentatives. Les instances communautaires tentent de rappeler leurs droits de pratiquer librement leur religion, en mentionnant les articles 2 et 4 de la Constitution allemande. (Cf. encadré)

 

Le président du Conseil central juif en Allemagne, Dieter Graumann souhaite que le Bundestag légifère sur cette question en tenant compte de la liberté de religion et met en évidence que la circoncision est un « élément essentiel de la religion juive ».

 

La circoncision juive se fait généralement peu de temps après la naissance auprès d’un rabbin habilité, en revanche, l'intervention pour un enfant musulman peut se faire entre sa naissance et sa puberté. Si cette tradition répétée depuis plusieurs siècles doit être contestée, Dieter Graumann parle d’une négociation « avec le bon Dieu ».

 


Loi fondamentale

Article 2: Liberté d’agir, liberté de la personne

 

(1) Chacun a droit au libre épanouissement de sa personnalité pourvu qu’il ne viole pas les droits d’autrui ni n’enfreigne l’ordre constitutionnel ou la loi morale.

(2) Chacun a droit à la vie et à l’intégrité physique. La liberté de la personne est inviolable. Des atteintes ne peuvent être apportées à ces droits qu’en vertu d’une loi.

 

Article 4: Liberté de croyance, de conscience et de profession de foi

 

(1) La liberté de croyance et de conscience et la liberté des croyances religieuses et philosophiques sont inviolables.

(2) Le libre exercice du culte est garanti.

 


Une décision vivement contestée



Photo:maxbacou

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé, 30% des hommes seraient circoncis.

 

Selon un sondage TNS*, 55% des Allemands, trouveraient la décision juste contre 35% qui ne l'approuveraient pas.

 

Le parti Die Grünen ainsi que les représentants des Eglises catholiques et protestantes critiquent cette décision et y voient une immixtion dans la liberté de religion. Le président de l’Eglise protestante en Allemagne (EKD), Hans Ulrich Anke, estime que le tribunal ne considère pas assez le sens religieux de la circoncision. Pour lui, cette décision démunie les parents de leurs droits concernant les affaires religieuses et criminalise les coutûmes musulmanes et juives.

 

 




« Ce n’est pas possible pour nous d’accepter ce jugement comme un fait accompli… Si Dieu le veut, il sera modifié »

« Ce n’est pas possible pour nous d’accepter ce jugement comme un fait accompli… Si Dieu le veut, il sera modifié », a déclaré le ministre turc des Affaires européennes, Egemen Bagis cité par le quotidien de Turquie, Hurriyet.

Le porte-parole du parti libéral-démocrate (FDP), Serkan Tören, considère que cette interdiction de circoncision est « un signe des allemands envers les musulmans, pour leur dire qu’ils sont pas une partie de l'Allemagne et qu'ils ne sont pas non plus les bienvenus. »

La critique vient aussi de l’Union islamique-turque DITIB, qui représente Ankara. Le directeur Ali Dere déclare que cette « étrange » décision pourrait mener « à l’exclusion et à la discrimination » des communautés.

 

En revanche, le président de l’Aide à l’enfance, Georg Ehrmann, voit en ce jugement, une grande avancée pour le droit des enfants et déclare :"le droit de l'enfant à une enfance sans dommage devrait faire l'objet d'un consensus partagé par toutes les communautés religieuses".

 

Le 30 juin un hôpital de Bonn, qui procède à environ 300 circoncisions par an, a décidé d’interrompre cette pratique « jusqu’à ce que la situation juridique soit clarifiée ».

 


Manon Lespes

05.07.2012

TNS*: Taylor Nelson Sofres, société de conseil et de sondage


Les salafistes au bord du Rhin


_ Le 1 mai, à Solingen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) une manifestation du parti Pro-NRW tourne au drame. Les protestataires revendiquaient le droit de s’opposer à l’Islam et d’afficher des caricatures du prophète Mahomet. Un groupe de salafistes a alors chargé les opposants et la police faisant plusieurs blessés.

 

_Le 5 mai, des salafistes ont aggressé les forces de l’ordre. Deux policiers ont été poignardés et il y a eu 29 autres blessés. Pour la première fois, le ministre fédéral de l'intérieur, Hans-Peter Friedrich, a interdit toutes les organisations salafistes les jugeant « trop proches d’Al-Qaïda » et a ajouté : « les salafistes fournissent le fondement idéologique à ceux qui se tournent vers la violence ».

 

La surveillance a été renforcée sur les salafistes qui ont une vision très « puriste » de l’Islam. On estime environ 4 mille le nombre de militants salafistes en Allemagne.

 

_ Le 14 juin, les autorités ont procédé à la fouille de 71 habitations et bâtiments. Le but étant de retrouver les activistes virulents ayant attaqué les forces de l’ordre peu de temps auparavant.

 

M.L


La mosquée en ligne de mire



Photo: netsonique

La mosquée de Cologne, une des plus grandes d’Europe, a été un sujet débattu et la construction ne s’est pas faite sans mal.

 

En 2006, l’architecte, Paul Böhm, spécialisé dans la construction d’édifices religieux, a signé les plans de la mosquée. Le concept est ambitieux : une coupole de 32 m de hauteur, deux immenses minarets de 55 m, une vaste salle de conférence et une spacieuse bibliothèque. Un édifice de 4 500m² qui pourrait accueillir environ 4 000 fidèles. Du grand art dont le budget s’élève à plus de 20 millions d’euros, subventionné par l’association DITIB en lien avec les autorités d'Ankara et par plus de 880 associations musulmanes.

 

Mais cela n'est pas du goût de tout le monde. L’extrême droite s’oppose ardemment au projet durant le mois d’avril 2009. Des protestataires qui refusent toutes présences visibles de l’Islam qu’ils qualifient de «religion étrangère» et d’autres opposants plus nuancés trouvant le projet «surdimensionné».

 

Malgré tout, la construction commence bien en septembre 2009. Mais rapidement intervient un nouveau problème. L'association découvre des symboles chrétiens dans la structures de l’édifice. Ankara renvoie Paul Böhm et nomme à la tête de DITIB un nouveau dirigeant : Ali Dere, ancien responsable des relations extérieurs du ministère turc.

La construction se poursuit, mais non sans mal et l’ouverture est normalement prévue pour le printemps 2013.

 

M.L


 
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