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Garagiste français à Berlin

   17.06.2013 
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Daniel Domscheit-Berg présentant le projet Openleaks lors du congrès Re:publica XI (14 avril 2011). Photo: Konstantin Winkler /flickr.com.

Alors que du 10 au 15 août, la plateforme Openleaks devait être mise au banc d'essai lors du rassemblement annuel du CCC (Computer Chaos Club) près de Berlin, ce dernier crée la surprise, priant le fondateur d'Openleaks, Daniel Domscheit-Berg, de plier bagage. Il s'agissait pour l'ancien porte-parole du polémique Wikileaks de profiter de la présence des meilleurs hackers du continent pour éprouver la sécurité de son site. Avec Openleaks, M. Domscheit-Berg en désaccord avec Julian Assange et le fonctionnement de Wikileaks, souhaite, mettre en place une plateforme de "Whistleblowing" plus transparente et ouverte, tout en assurant l'anonymat aux lanceurs d'alerte.


Le 10 août, le site internet du quotidien alternatif de gauche Tageszeitung (taz.de) a annoncé en page d'accueil la mise en route provisoire de la plateforme Openleaks en Allemagne. Le site web, déjà ouvert depuis janvier 2011, a mis à disposition pendant quatre jours ses fonctionnalités dans le cadre d'une version beta dont il s'agissait d'éprouver la sécurité et la viabilité. Le Taz, mais aussi l'hebdomadaire Freitag et l'association Foodwatch, collaborent déjà au Stresstest, la phase d'essai, pariant sur un modèle de "whistleblowing" (lancement d'alerte) alternatif à Wikileaks.

 

Le Whistleblowing, qu'est-ce que c'est ? Une forme de délation ? Un encouragement à la dénonciation ? En France, certains chercheurs, comme les sociologues F. Chateauraynaud et Didier Torny, ont préféré retenir la notion plus positivement connotée de lanceur d'alerte. Ce dernier, disposant d'informations ou de documents révélant une menace, une information tenue secret défense concernant le monde politique, la défense, l'environnement, cherche à la transmettre au public. Mais c'est lorsque la transmission représente un danger pour l'informateur que les structures de type "leaks" (fuites), assurant l'anonymat, ont un rôle à jouer. Quoi qu'il en soit, le whistleblowing se veut être un outil civique, une forme d'autre quatrième pouvoir. Il incarne une volonté de démocratie, de transparence des systèmes politiques et sociaux en portant les cachotteries des pouvoirs à l'attention et la vigilance des citoyens.




Daniel Domscheit-Berg. Photo: boellstiftung /flickr.com.

Openleaks, un Wikileaks ouvert ?

 

Daniel Domscheit-Berg, dissimulé jusqu'en septembre 2010 sous le pseudonyme de Daniel Schmitt, est la figure centrale du projet Openleaks : informaticien allemand, marié à Anke Domscheit-Berg, ancienne directrice de Microsoft Allemagne, avec laquelle il a travaillé et joué un rôle important dans "l'initiative islandaise pour la modernisation des médias" (l'IMMI), il a été surtout, depuis sa rencontre avec Julian Assange en 2007, l'un des protagonistes de Wikileaks.

 

Il a en effet été l'un des porte-paroles les plus visibles de la plateforme (qui s'est notamment distinguée en révélant une série de télégrammes diplomatiques américains) jusqu'en septembre 2010, date à laquelle il quitte la structure après certains désaccords avec Julian Assange (le créateur de Wikileaks), notamment sur sa manière de gérer celle-ci. Par la suite, il signe un ouvrage autobiographique qu'il nomme "Inside Wikileaks" dans lequel il dénonce et explique les vices de fonctionnement de la plateforme, qui à cette date avait déjà fait couler beaucoup d'encre, et dont le fondateur faisait face à deux plaintes pour viol et à la possibilité de son extradition du Royaume-Uni vers la Suède pour y être jugé (pour certains ces accusations relèveraient d'ailleurs d'une manipulation destinée à freiner M.Assange).




Juilan Assange, cofondateur et protagoniste de Wikileaks. Photo: New Media Days /flickr.com.

Dès décembre 2010, M.Domscheit-Berg annonce la création en 2011 d'un nouveau projet développé en collaboration avec H. Snorrason et d'autres anciens membres de Wikileaks. La mission que se donne le projet ainsi que les manières de la mettre en oeuvre sont déjà rendues public. Le site web openleaks.org fut mis en ligne dès janvier 2011.

 

Aspirant à être plus ouverte que Wikileaks comme son nom l'indique, il s'agit pour cette plateforme d'assurer tout autant la transmission et la révélation d'informations et de documents polémiques que la protection et l'anonymat des lanceurs d'alerte. En quoi Openleaks constitue-t-il une alternative à Wikileaks ? Parce qu'il ne publie rien, mais se limite au seul rôle d'intermédiaire technique entre Whistleblowers et organes de diffusion.

 

La technique est la suivante : couvrir l'envoyeur, assurer son anonymat en codant systématiquement toutes les données reçues, puis les libérer de toutes indications clandestines. "A la différence de Wikileaks, c'est le lanceur d'alerte (ou whistleblower) qui décide seul de quand et à qui ses révélations seront faites", explique le Tageszeitung, dont le rédacteur en chef, Reiner Metzger se félicite d'offrir "une possibilité d'opposer aux nouvelles techniques de surveillance dans les entreprises ou autorités" de tels mécanismes de révélation.

 

 

 

Des défauts de Wikileaks aux atouts d'Openleaks

 

Sur la question du financement, M. Domscheit-Berg avait émis certains doutes sur l'utilisation faite par Wikileaks de certains dons reçus. Openleaks se veut clairement sans but lucratif. Le fondateur allemand confie qu'Openleaks ne dispose pour l'instant que d'environ 2000 euros de dons. "Jusqu'ici chaque collaborateur doit se soucier lui-même de sa subsistance. Sur ce point, nous avons mis en place quasiment le même modèle que Wikileaks", avoue-t-il. L'idée serait, à moyen terme, après développement du projet, de faire supporter aux partenaires (des médias traditionnels) les coûts fixes de l'organisation, ou bien de fonder un institut, sans que jamais aucun bénéfice ne soit visé.

 




Logo d'Openleaks, plateforme allemande de whistleblowing fondée par Daniel Domscheit-Berg. On retrouve stylisée la volonté de sécurité de la confidentialité associée à l'ouverture.

Le modèle défendu dans Openleaks se veut donc une alternative à Wikileaks. Alors que Julian Assange déclare vouloir faire de sa plateforme "l'organe de renseignements le plus puissant au monde", Domscheit-Berg joue lui l'humilité en précisant qu'Openleaks n'aspire pas à cette grandeur, qu'il s'agit plutôt d'un "prestataire de services techniques" et que l'idéal serait la multiplication de plateformes calquées sur le même modèle. Un tel modèle semble être le prolongement des idées libertaires du fondateur berlinois, ce dernier ayant quitté Wikileaks surtout parce qu'il s'opposait ouvertement à la hiérarchie qui y régnait et à l'autoritarisme d'Assange : "Wikileaks est trop centralisé", s'exclame-t-il. Or, ce qu'il souhaite permettre avec l'ouverture d'Openleaks, c'est la cohérence des objectifs et des méthodes : pour la transparence des systèmes politiques, d'accord, mais seulement par la transparence de la structure. C'est ainsi qu'il assure que, si possible, chaque mois seront publiés les bilans des dépenses de l'organisation.

 

Ces quelques jours d'essais du service Openleaks ont pu donc permettre son expérimentation. Si cette période correspondait justement au congrès du Chaos Computer Club, groupe de hackers qualifiés fondé en 1981 à Berlin et dont M. Domscheit-Berg faisait partie depuis longtemps, c'était, comme écrit sur le site du Tageszeitung, dans le but d'une "vérification de la sécurité du système pendant le Chaos Communication Camp 2011". Or, le CCC crée la surprise en décidant le dimanche 14 août de l'exclusion de M. Domscheit-Berg suite à la présentation de sa plateforme le mercredi précédent. "Openleaks n'est en fait pour le CCC pas transparent", justification d'une décision collective. «Il veut nous utiliser pour donner un gage de crédibilité à son projet. Cela nous agace prodigieusement » confie Andy Müller-Maguhn, président du CCC et proche de Julian Assange.




Tente du hacker center. Photo: cocoate.com/ flickr.com.

Boue et Wifi : libertaire...humide

 

Le retrait de la confiance de ses ex-amis du CCC ternit un peu le lancement du projet de M. Domscheit-Berg. De fait, Wikileaks a de nombreux partisans dans les rangs du club de hackers berlinois, ce fut d'ailleurs même lors du congrès de 2007 que l'Allemand avait rencontré Julian Assange, qui une année auparavant avait cofondé Wikileaks.

 

Par ailleurs, il n'est pas surprenant que les hackers et autres pirates informatiques, sourcilleux sur leur indépendance et sur toute manipulation aient été jaloux de leur indépendance en se dissociant d'un projet où certains ont pu avoir le sentiment d'être associés malgré eux.

 

De façon générale, le CCC refuse d'être utilisé pour des projets dont l'initiative n'est pas de son fait, or le fondateur d'Openleaks avait clairement, notamment dans le Tageszeitung, exprimé son désir de profiter du Chaos Communication Camp comme d'une occasion pour les meilleurs hackers d'Europe de s'essayer à trouver une faille, à casser le système de protection des lanceurs d'alerte, de codage des données recueillies, cela d'autant plus que certains doutes ont été émis, par exemple par le site netzpolitik.de, notamment sur les possibilités d'infiltration de la plateforme.

 

Craignant la manipulation, les francs tireurs du web réunis ce weekend de la mi-août sur un ancien aéroport militaire soviétique (Finowfurt) du Brandebourg non loin de Berlin ont donc pris leur distance.

 

Dans la forme, la décision a pu paraître abrupte à M. Domscheit-Berg. Il explique l'avoir apprise samedi soir 13 août. Déçu que le CCC n'ait "pas vu l'intérêt que pouvait représenter Openleaks", M. Domscheit-Berg démontait dépité dans la soirée de ce même samedi sa tente, laissant derrière lui les 3 000 participants courageux et passionnés hébergés dans un chaos polychrome et high-tech de guitounes et autres chapiteaux répartis autour des kilomètres de câbles sous le ciel chargé d'un été humide.

 

 

Thomas Chevallier

15/08/2011








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