L’été sportif 2009 s’annonce calme sur les chaînes publiques allemandes. Tout du moins en ce qui concerne le cyclisme.
ARD et ZDF ont décidé de ne pas retransmettre le prochain Tour de France. Elles n’aiment pas qu’on triche. En 2007, elles avaient déjà suspendu leur retransmission en direct suite au contrôle positif de leur compatriote Patrik Sinkewitz. Après l’accumulation de cas lors de la dernière Grande Boucle, les chaînes allemandes viennent de se rendre compte que le cyclisme avait perdu de sa crédibilité. L’an prochain, les téléspectateurs ne verront donc pas les sportifs s’élancer de Monaco, passer par Andorre et gravir le mont Ventoux la veille de l’arrivée sur les Champs-Elysées. Enfin seulement si l'Union européenne de radiodiffusion n’infléchit pas la décision de l’ARD et de la ZDF. D’après elle, ces chaînes se doivent d’honorer jusqu'en 2011 leur contrat pour la diffusion du Tour de France.
Quelle qu’en soit l’issue, le cyclisme vit l’une de ses périodes les plus noires. 2009 ne verra pas non plus se tenir le Tour d’Allemagne. Si ce sport se trouve aujourd’hui dans une telle situation, c’est en partie en raison de l’obstination des Français. En 2005, sept ans après l’affaire Festina, le laboratoire français antidopage de Châtenay-Malabry (LNDD) avait ébranlé le mythe Armstrong en retrouvant des traces d’EPO dans ses échantillons du Tour 1999. Et récemment, en décidant de rouvrir les échantillons de la dernière édition, l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), disposant d’un nouveau test, a déclenché une nouvelle tempête. L’Allemand Stefan Schumacher, vainqueur de deux étapes sur le Tour de France, est notamment tombé dans leurs filets. Pas vraiment le genre de publicité que peut souhaiter une fédération telle que l’Union cycliste internationale (UCI). Engagée dans une guerre pour le contrôle du cyclisme avec Amaury Sport Organisation (ASO) – le propriétaire du Tour de France – elle avait d’ailleurs cette année dû céder la charge des contrôles sur la Grande boucle à l’AFLD. Mais l’an prochain, les deux entités s’étant rabibochées, l’UCI reprendra la main sur les contrôles pendant le Tour. Celui du renouveau, qu’on nous promet chaque saison ?
Mais l’été prochain, que les Allemands se rassurent, ils ne seront pas totalement sevrés de sport. Les championnats du monde d’athlétisme pointent à l’horizon. L’événement, qui se tiendra du 15 au 23 août à Berlin, est déjà annoncé comme une grande fête populaire, à l’image de ce qu’il avait été lors de son passage à Paris en 2003. Un stade plein, une foule électrisée par les exploits des autochtones. Pourtant cinq ans plus tard, l’athlétisme prête aussi le flanc. L’affaire Balco a fait des ravages. Marion Jones, la reine des Jeux de Sydney en 2000, a rendu les cinq médailles qu’elle y avait gagnées et sort à peine de prison. En Russie, huit athlètes viennent d’être suspendus pour dopage. La Roumanie, la Biélorussie et la Grèce, pour ne citer qu’elles, ont également entretenu les rubriques dopage des journaux. Maintenant que la saison d’athlétisme est terminée, un regard dans les bilans mondiaux 2008 du 1500m féminin, par exemple, se révèle palpitant. Parmi les vingt meilleures spécialistes, cinq ont été attrapées par la patrouille (dont les deux premières) : 25%. Le quota est impressionnant.
Les écrans doivent-ils rester noirs pour autant ? Faut-il sanctionner un sport engagé dans la lutte antidopage et lui proposer une parenthèse olympique le temps de faire le ménage ? Ou se dire que lorsque l’on cherche vraiment on trouve. Lors des derniers J.O., les téléspectateurs ont été gavés de performances homériques. Il y a bien eu une dizaine de cas de dopage, loin cependant de la quarantaine à laquelle s’attendait Jacques Rogge, le président du Comité Ínternational Olympique. Cependant un groupe d’observateurs présent à Pékin a remarqué que 140 échantillons ont été déclarés sans suite alors qu’ils étaient clairement en infraction avec les lignes antidopage. L’été 2008 aurait pu être encore plus agité.
Julien Bels
Le 13-11-2008