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Garagiste français à Berlin

   26.05.2013 
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Affiche d'un concert de TOP en 1973.

Après avoir atteint l'apogée dans les années 70, le groupe d' Oakland « Tower of Power » reste une référence incontournable en musique soul. En concert à Berlin le 22 mars, la Gazette a enquêté sur la recette de longévité de ces musiciens, qui font monter la sauce américaine depuis bientôt 44 ans.

 


Les coupables ? Dix forçats de la musique soul, désormais guidés par le chanteur Larry Braggs. Cinq bandits opèrent dans la section cuivre ( deux trompettistes et trois saxophonistes), tandis que quatre autres façonnent la rythmique (piano, guitare, batterie, et guitare basse).

 

Leurs armes ? Soul, funk, jazz et rock, le gang Tower of Power créé en 1968, commet ses forfaits comme aucun autre groupe. Leur genre reste aujourd'hui unique, difficile à classer dans les catégories traditionnellement définies.

 

Leurs casiers judiciaires ? Très lourd passé pour la section cuivre, qui a enregistré avec Elton John, Jermaine Jackson, Aerosmith ou encore Carlos Santana. Du batteur David Garibaldi, jusqu'au saxophoniste co-fondateur du groupe Stephen "Doc" Kupka, chaque musicien est un véritable caïd dans son domaine. Ensemble, ils sont à l'origine de l'attentat musical « What is Hip ? », qui a démoli en 1973 pendant quelques semaines le hit-parade des radios de la côte-ouest.

 

Leurs méfaits ? Depuis leur premiers délits à Oakland en 1968, le groupe a sorti une quinzaine d'albums, enregistré en studio et tourné avec des stars planétaires ( B.B. King, Ray Charles, Rod Stewart, The Rolling Stones …). Grâce au succès de nouveaux artistes tels que Jamiroquai, et le retour sur le devant de la scène de groupes tels que Kool & The Gang ou Earth, Wind & Fire, le jazz-funk a connu un vrai renouveau et le répertoire de Tower Of Power en est redevenu plus actuel que jamais. Leur dernier album : « 40th Anniversary » sorti en 2011, retrace une épopée soul riche en attentats musicaux tel le titre « You're Still A Young Man ».

 

Verdict ? Après 44 ans de tournées, le groupe n'a pas fini de retentir dans les tympans en manque de soul. Emilio Castillo, saxophoniste fondateur de la bande, l'affirme le sourire aux lèvres : « dans ce business, on ne prend pas de retraite! »




Photo: Corentin Valençot.

La Gazette de Berlin : Quelle est votre relation avec l'Allemagne ?

 

Emilio Castillo : Nous sommes déjà venu trois fois en tournée. Mais hier, c'était la première fois que je venais à Hanovre, il y avait une ambiance formidable au concert […]. Comme artiste, on connaît Stephanie Heinzmann [chanteuse pop d'origine suisse révélée au grand public par TV Total, équivalent allemand d'american idol NDLR], qui avait chanté sur « Only So Much Oil in the Ground » à Zurich en 2008. Je l'aurais encore vu hier à la télévision. Mais sinon, nos références sont évidemment plus américaines...

 

 

La Gazette de Berlin : Tower of Power tourne depuis bientôt 44 ans et certains vous perçoivent encore comme un groupe de Funk, cela vous offense-t-il ?

 

Emilio Castillo : Cela ne nous offense pas, mais limite ce que nous sommes. Je dirais simplement que nous sommes un groupe de soul. Dans la soul, tu as cette balance typique, ce tempo, ce mélange musical caractéristique et plein d'autres aspects... le funk est quelque chose de singulièrement différent. On en fait, mais ce que nous faisons ne se résume pas à ça.

 

La Gazette de Berlin : Comment avez vous commencé à jouer du saxophone ?

 

Emilio Castillo : En fait, je me suis fait prendre en flagrant vol à l'étalage. Après ça, plutôt que de traîner dans les rues, mon père m'a obligé à rester dans ma chambre jusqu'à que je me trouve une vraie occupation. Le lendemain on est allé dans un magasin de musique avec mon frère: il a pris la batterie, moi j'ai le Sax ténor. Depuis, je n'ai pas arrêté (rires)!




Photo: Corentin Valençot.

La Gazette de Berlin : Lorsque que vous avez démarré TOP, vous aviez 17 ans. D'où vous est venu l'envie de créer un groupe et commencer à composer à un si jeune âge ?

 

Emilio Castillo : Pour faire l'histoire courte, on vivait à l'époque à Détroit avec ma famille et on a bougé à Oaklands pour le travail de mon père. En un an, on s'est mis à fond dans la soul music avec Stephen Kupka [toujours saxophone bariton à TOP] . Et là, mes parents m'ont dit, qu'on allait rentrer à Detroit (soupirs). Comme je voulais rester, mon père m'a dit : « je te donne un an pour réussir ! ». A l'époque, j'avais 17 ans, et oui, c'est à ce moment là que j'ai réellement commencé à composer pour TOP. Voilà pour l'histoire ! [rires].

 

La Gazette de Berlin : Pourtant, les parcours au sein de TOP ne sont pas tous reluisants. L'ex-saxophoniste Victor Conte a été inculpé dans l'affaire Balco*, et votre ex-chanteur, Richard Steven a été condamné en prison à vie pour avoir tué sa femme. Les répercussions de ces affaires ne vous ont pas affectés ?

 

Emilio Castillo : Oui, cela nous a affectés en nous faisant de la publicité. Je me rappelle les manchettes des médias à l'époque : « le chanteur de TOP est condamné à perpétuité pour meurtre » ! Je me rappelle de ce que m'a dit mon père : « no publicity is bad publicity » (rires). Oui cela nous a affectés, mais ce n'est pas la seule histoire qui nous a affectées.

 

La Gazette de Berlin : Malgré le fait d'avoir suivi toute l'évolution du funk - des origines à nos jours – vous semblez être un groupe « traditionnel ». Vous n'avez jamais été influencés par le rap comme le groupe « Chic » ou le beat disco comme « Kool and the Gang » ou « Earth Wind and fire » ?

 

Emilio Castillo : On a toujours su se débrouiller tout seul. On a notre propre identité. Tu sais, les majors de disques te disent d'imiter tel ou tel groupe, en fonction des influences du moment. Rester fidèle à ce qu'on a toujours fait -de la pure soul- c'est ça je pense qui fait notre magie. Columbia music par exemple nous incitait fin 90 à rajouter des sons discos,sons un peu techno... ils nous donnaient beaucoup d'argent, alors on a essayé de sonner comme un peu comme ça pour leur faire plaisir… mais au final après ça, notre carrière était sur la descente (soupir). Nous prenions beaucoup de drogues, et finalement quelques événements au milieu de la tourmente nous ont fait réaliser que notre spécificité n'était pas une faiblesse, mais bien une force. Il fallait qu'on reste nous mêmes : TOP !



La Gazette de Berlin : Et c'est à ce moment là que la section cuivres de TOP a commencé à être vraiment connue...

 

Emilio Castillo : Eh bien en fait nous étions déjà pas mal connu avant ça. Tu sais dans le début des années 70 déjà on avait une certaine renommée. Maintenant on est vraiment connus pour ça, mais ce n'était pas dans nos plans au départ : les groupes nous appelaient : vous pouvez venir taper le bœuf avec nous ? Et on répondait toujours présents... Carlos Santana par exemple nous a appelé en pleine nuit, on est partit enregistrer avec lui un peu plus tard, et deux semaines après c'était un hit à la radio.

 

La Gazette de Berlin : Vous ne les connaissiez pas et ils vous appelaient car ils appréciaient votre musique ?

 

Emilio Castillo : Oh, ils nous connaissaient mais on ne planifiaient rien. Sur un simple coup de fil on se retrouvait en studio, et on enregistrait et après ils nous donnaient de l'argent ! (rires) Assez vite on a commencé à recevoir plusieurs coups de fils.

 



La Gazette de Berlin : Arrivez-vous à entretenir une vie de famille avec les tournées ?

 

Emilio Castillo : J'ai été marié deux fois. Ma première femme était beaucoup impliquée dans le groupe, elle connaissait tout les membres et nous suivait en tournée. Ma seconde femme ne s'intéresse que très peu à ma musique ! En fait, tu sais, les gens ne comprennent pas comment on arrive à concilier une vie de famille alors que l'on fait des tournées. Mais en réalité, nous sommes à la maison bien plus souvent que l'américain moyen. Sur une année bien remplie, je suis en tournée 200 jours par an, ce qui veut dire que je suis à la maison 156 jours par an au minimum ! Et quand j'y suis, c'est 24 heures par jour ! (rires)



La Gazette de Berlin : Vous n'êtes pas fatigués de refaire les mêmes chansons en concert ?

 

Emilio Castillo : Ce qu'on fait n'est pas une répétition . Nous avons un énorme répertoire de chansons. Pour chaque concert, je prépares un show de 102 minutes, et dans ces 102 minutes, il y a une gamme de morceaux que je peux changer, en fonction des concerts. Beaucoup de gens viennent pour écouter certaines chansons : « Soul with a capital S », « Mrs Jones » que l'on a réécrit, ou encore « What is Hip» qui a fait notre gloire dans les 70. Tu sais, je prends toujours l'exemple de Al Green. Il est fatigué, se déplace toujours avec un staff de 4 personnes pour l'aider dans son bus , et a subit plusieurs opérations... Mais quand tu le vois sur scène, c'est incroyable. Je pense que c'est la même chose pour nous. Quand tu joues , tu déconnecte tout. Seul le rythme de la musique est important. Tu sais, la musique soul c'est l'amour de ma vie. Après ma femme bien sûr (rires). Et puis dans ce business, on ne prend pas de retraite!

 

 

La Gazette de Berlin : Votre avant-dernier album : « The great american songbook » (2009) est un hommage à la musique soul. Comment avez-vous choisi les chanteurs qui allait prendre part au projet ?

 

Emilio Castillo : Oh, il a été dur d'avoir des invités pour ce dernier album. On avait presque fini avec l'enregistrement lorsque Tom Jones a pointé le bout de son nez. Puis Joss Stone est venue -grande amie à nous aussi- et enfin Sam Moore qui habite juste à côté de ma maison. Il est venu car j'en ai parlé à sa femme.

 

La Gazette de Berlin : Si vous pouviez inviter un artiste à jouer sur scène, ce serait qui ?

 

Emilio Castillo : Sting, Robert Cray, Stevie Wonder... eux dans un premier temps je pense.

 

La Gazette de Berlin : Comment percevez- vous la soul aujourd'hui. Est-elle dépassée, démodée, ou encore et toujours d'actualité ?

 

Emilio Castillo : Je pense que la soul est une grand pan de l'industrie musicale. Elle ne va pas partir tout de suite. Il est vrai que la musique soul est moins populaire que dans les années 70. Mais il y a encore des artistes ici-bas qui font la musique soul qui explorent d'es options comme la neo-soul etc...La soul, c'est quelque chose d'intéressant, car c'est une musique qui évolue au gré des modes et se conserve à la fois. Donc, oui elle est plus que jamais d'actualité. Aucun artiste ne devrait oublier ses racines.





Photo: Corentin Valençot.

*L'Affaire Balco tient son nom du Laboratoire Balco (Bay Area Laboratory Co-Operative, propriété de Victor Conte. L'entreprise est à l'origine d'un scandale de dopage qui a éclaboussé le sport américain en 2003.

 

Propos recueillis et traduits de l'anglais par Corentin Valençot.








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